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La cigarette qui n’a pas bonne presse depuis un certain temps, n’est sûrement pas bonne pour la santé, comme d’ailleurs le manque d’activités physiques ou le fait de ne pas avoir de repas équilibrés, de ne pas boire assez d’eau, ou encore ne pas dormir suffisamment ou enfin écouter trop fort de la musique les écouteurs sur les oreilles, pour ne prendre que quelques exemples.

Si l’on constate une recrudescence de certaines des lois, règlements et critiques généralisées et autorisées envers les fumeurs et le tabac, l’on peut légitimement et logiquement se demander pourquoi ne pas légiférer tout aussi sévèrement en la matière et critiquer tout aussi facilement en public les personnes qui ne font pas de sport, celles qui ne mangent pas de repas sains, celles qui ne boivent pas régulièrement de l’eau durant une journée, celles qui n’ont pas assez de temps de sommeil, et enfin celles qui écoutent sur leur baladeur de la musique à un volume sonore élevé.

Imagine-t-on une seconde prendre de telles mesures pour chacun de ces cas ? Mais prenons seulement un des cas précités et imaginons un peu...

Nous sommes en 2016. De nombreux rapports scientifiques soulignant, année après année, les méfaits qu’entraîne le fait d’avoir des pratiques alimentaires malsaines, les pouvoirs publics, toujours à l’affut de la santé de ses administrés – comme tout le monde le sait – et pas du tout par une volonté marquée à l’aune du son des pièces sonnantes et trébuchantes, ou encore moins par le désir de semer une discorde transversale au sein de la population afin de l’occuper et de la détourner des réels problèmes de notre société (coûteux ou non), décide de prendre en main et de  « gérer » enfin ce problème de santé publique, de lancer une politique de prévention en la matière (accompagnée, certes diront les mauvais esprits, par quelques  mesures de répressions). Ainsi, une batterie de mesures législatives sont-elles prises pour éradiquer le problème majeur que représente le fait d’avoir des repas trop gras ou trop riches, sans adjonction suffisante de légumes verts, de fibres, etc.

Les premières mesures viseront les restaurants ou brasseries servant tous les jours des dizaines de milliers de repas à travers la France, et donc vecteurs importants des mauvaises pratiques alimentaires.

C’est ainsi que sous l’égide conjointe du Commissariat à la Santé Publique et du Ministère de l’Intérieur, une unité dénommée « Direction Générale des Aliments, de la Gastronomie, et de la Répression des Mauvaises Graisses » sera formée pour surveiller les établissements de restauration, dotée de pouvoirs aussi étendus que ceux des Douanes, afin d’effectuer des vérifications systématiques et sans restrictions aucunes, dans les cuisines de tous les restaurants et brasseries patentés, et ce à tout moment, lors de l’élaboration des plats ou même en dehors de ces périodes, pour vérifier les types d’aliments et ingrédients achetés et détenus par les restaurateurs, la façon de les préparer et de les accommoder.

Des centres de formation agréés, les Instituts Nationaux et Régionaux de la Formation à la Bonne Alimentation, seront créés sur tout le territoire national pour alerter, prévenir et informer l’ensemble du personnel de cuisine ainsi que les restaurateurs, sur les viandes, légumes, fruits, sauces, condiments à utiliser, leur dosage ainsi que les préparations et temps de cuisson qui permettent une bonne et saine alimentation, eu égard, bien entendu, aux canons de « repas types » énoncés et validés par un Haut Conseil à la Nourriture et contre les Excès, composés d’éminents experts scientifiques, et crée par le Président de la République et responsable par devers lui – un positionnement organique fort, manifestant ainsi l’implication et l’attention de la plus haute autorité de l’Etat sur ce grave problème, inacceptable dans une démocratie soucieuse de la santé de ses citoyens et respectueuse des libertés fondamentales, comme celle de bien manger au quotidien.

Une campagne publicitaire d’information, labellisée « Manger malin, votre santé au quotidien », sera lancée à l’échelle nationale, sous la surveillance du CSA pour veiller à sa  bonne et stricte application. Les radios nationales et privées auront obligation de diffuser régulièrement des spots d’information sur le sujet de l’alimentation équilibrée. Les télévisions également, devront non seulement diffuser des clips d’information mais aussi mettre en garde le public spectateur lors de la diffusion de films, téléfilms et séries télévisées montrant des personnes mangeant ou ayant des pratiques alimentaires malsaines, ceci par le biais de logos de différentes couleurs, représentant une motte de beurre mou – du blanc au rouge en fonction de la nocivité avérée des scènes présentées à l’écran ; pour les cas extrêmes, un organisme spécialisé procèdera au floutage, voir à la coupe des scènes en question. Quant aux films diffusés dans les salles, ils seront scrutés au préalable et feront l’objet de restriction à la visualisation, avec une gradation scientifique en fonction du rapport poids / taille du spectateur ; plus le spectateur sera gros par rapport à sa taille, moins il aura la possibilité de voir des films ayant des scènes relatives à la nourriture, aux aliments gras, etc. ; parallèlement, les scènes non conformes aux normes morales et sanitaires en vigueur seront l’objet de floutage ou tout simplement de censure (ex. Une affaire de goût (2000), La grande bouffe (1973), Le bonheur est dans le pré (1995), etc.).

 

Toujours dans le domaine culturel, les bandes dessinées seront aussi l’objet de la plus grande attention des pouvoirs publics, avec des experts chargés de remodeler et de revisiter certains albums, certaines cartouches. Ainsi, par exemple, la scène traditionnelle finale d’Astérix – présentant un banquet gaulois orgiaque – sera corrigée et elle présentera désormais dans les futures éditions, nos villageois gaulois en train de manger de la salade accompagnée de portions raisonnables de poisson bouilli.

Pour les fonctionnaires, des mesures symboliques et concrètes seront prises afin qu’ils donnent le la à l’ensemble de nos concitoyens ; un agent de l’Etat sain physiquement étant un vecteur d’information positif à lui tout seul. En dehors du changement radical qui sera opéré dans les menus proposés dans les restaurants et cantines de la Fonction Publique, une unité logistique sera créée dans les services de l’Etat afin de surveiller à la bonne tenue des agents en matière alimentaire. Respectueuse des individualités et des libertés fondamentales, l’Etat accordera des dérogations - limitées dans le temps - pour les personnes en état d’addiction avérée vis-à-vis de certains produits (chocolats, boissons sucrées, bonbons, gâteaux, etc.) ; ces personnes pourront manger ces denrées prohibées en quantité limitée et dans des pièces spécialement prévues à cet effet, ceci hors de tout regard extérieur (le spectacle de ces libations ne pouvant être tolérés publiquement), avec un dispositif d’extracteur d’odeur pour limiter les exhalaisons reconnaissables et tentatrices tout autant que remémoratives et donc néfastes.

Nous pourrions continuer et développer ainsi ce tableau « sociétal » pour parler comme les cuistres et autres sociologues patentés, mais revenons sur la cigarette.

Force est de constater que nous assistons peu à peu à un emballement tant dans le regard que dans la législation sur le  tabagisme.

Alors que jusqu’à présent le bon sens, la politesse, le savoir-vivre, l’éducation suffisaient à régler les rapports entre les individus en matière de tabagisme (et pas seulement dans ce domaine d’ailleurs), voilà que la loi écrite s’incère, s’immisce dans les relations sociales, régulant, encadrant, limitant et punissant même les faits et gestes des personnes dans leur vie de tous les jours. C’est sûrement une avancée démocratique et un pas de plus vers la liberté. Peu à peu, de loi en loi, de décret en règlement divers, de moins en moins de domaines échappent à la Loi. Tout est sujet au Droit, ce qui induit une singulière « société ouverte », tissée, maillée, étouffée par la Loi. D’aucuns voient là non sans raison une anglo-saxonisation de notre Droit.

Pourquoi l’Etat légifère-t-il en la matière ? Pour la santé publique ? Soyons sérieux. S’il n’y avait pas d’autres motifs (financiers et politiques), il est sûr que cet Etat en question n’aurait pas bougé d’un pouce, pas énoncé une seule ligne de Droit dans le domaine. En fait, la lutte contre le tabagisme, c’est un peu comme la lutte contre le terrorisme menée par les Etats-Unis et leurs affidés ; c’est un « bon sujet » que cette lutte : transversal à souhait, n’échappant à aucun groupe social répertoriés et sur lequel tout le monde peut donner un « avis autorisé » car directement concerné ! En bref, un bon « os à ronger » de plus, qui disloque et désuni tout en le paralysant, le corps social d’un pays.

Comme le rappelait le philosophe Eric Werner (L’avant-guerre civile. L’âge d’homme, collection Mobiles politiques. 120p. 1998.), plus il y aura de clivages et d’antagonismes dans le corps social, moins il y aura de possibilité pour un Etat de se trouver face à une opposition réelle, en mesure de le renverser, car les différents créés artificiellement auront monopolisé les énergies et la pensée, anéantis les volontés, affaiblis toute résistance par l’existence de clivages fictifs-dérivatifs.

La politique engagée vis-à-vis du tabac relève parfaitement de ce système de surveillance et de punition, de création d’antagonismes virtuels paralysant. Nous entrons peu à peu, à petit pas, sans même nous en apercevoir, dans une société totalitaire, totalisante, totalisatrice. En fait, nous y sommes déjà dans le totalitarisme, que certains ont qualifié de mou, tant il est vrai que celui-ci ne revêt pas les formes outrancière et caricaturale - jusqu’à aujourd’hui - des totalitarismes du passé.

Comme dans tout totalitarisme, on peut observer que de nombreux individus se font rapidement les habiles et dociles serviteurs volontaires du régime liberticide ; certains - voire beaucoup même -, sans s’en rendre compte consciemment, englués et perdus qu’ils sont dans l’esprit et l’idéologie du temps (la Zeitgeist des philosophes). Avides de saisir la possibilité qu’ils ont de faire montre d’un certain pouvoir auprès de ceux qui les entourent, ces nervis vont glisser vers la délation, l’espionnage des comportements « suspects ». Comme dans tous les régimes totalitaires, il y aura - il y a déjà - surenchère, ces valets, « idiots utiles » du pouvoir, iront même jusqu’à proposer de nouvelles règlementations, de nouvelles méthodes pour traquer et punir le récalcitrant ; dans leur cervelle binaire, ces mêmes personnes iront jusqu’à trouver d’autres motifs - qu’ils jugeront plus « réels », plus « authentiques » et « concrets », que ceux énoncés par l’Etat - pour justifier l’action menée contre leurs concitoyens, contre leurs proches. C’est ce genre d’individus, en général, qui pensent les relations humaines se résument à des équations. Et ce sont ces mêmes personnes qui donnent des leçons de morale à la planète entière, et qui sont les plus grands pourfendeurs autorisés de l’idéologie national-socialiste ou d’autres totalitarismes, et également les plus ardents thuriféraires des Libertés et du règne de l’autonomie de l’individu face à toute Autorité, allant même à parler au nom de l’Humanité. On croit rêver ! Il s’agirait peut-être un jour - le plus tôt serait le mieux - de renvoyer ces personnes dans leur but, de les mettre en face de leurs contradictions et de leur dire qu’ils feraient mieux de se taire par décence, par pudeur, par délicatesse, par humanité...

 

Nous sommes sur une pente savonneuse ; et nous glissons vers des flots bien sombres... Que nous reste-t-il ? Nos pensées - encore autonomes - et notre esprit - rebelle. Cultivons celui-ci, développons celles-là. Nous nous reconnaîtrons. Nous ne serons plus seuls. Nous serons plus forts. Nous ne nous laisserons pas entravés, bâillonnés, asservis, fut-ce au nom de la « santé publique » ou du bien être universel. Un seul mot : Résistance et Unité !

Le Déjeuner d'huîtres  (1735) de Jean-François de Troy

Le Déjeuner d'huîtres (1735) de Jean-François de Troy

Brillat-Savarin

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