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Alors que je me trouvais dans le bus 86 et tandis que nous nous roulions dans la rue St-Sulpice, un peu avant la Place éponyme, regardant vaguement par la fenêtre, mon attention fut soudain attirée par une affiche/placard, à moitié arrachée d’ailleurs, mais que je reconnus néanmoins immédiatement : c’était l’œuvre de Marc-Edouard Nabe (1).

 

Ecrivain de talent et d’exception, Marc-Edouard Nabe (dit MEN) serait, dit-on, difficilement supportable humainement parlant. Je ne l’ai jamais rencontré - Marc-Edouard, si tu lis ces lignes… on peut boire un verre au Café de la Mairie quand tu veux, pour deviser du monde – mais si cela était vrai, MEN ne serait pas l’unique écrivain dans ce cas, rejoignant entre autres Louis-Ferdinand Destouches (excusez du peu !). Le talent peut absoudre beaucoup de chose… Je ne suis pas célinien, disons le tout net, mais tout de même ! sachons reconnaître l’Ecriture.

 


Lyrique, passionné, fulgurant, cristallin, outrancier parfois, MEN est une véritable météorite dans le paysage littéraire français, effrayant les uns (les incultes et autres barbares), ravissant les autres, bref, ne laissant pas indifférent. Les premières lignes de MEN que j’ai eu sous les yeux furent, je me souviens, dans un journal aujourd’hui disparu, un journal que j’attendais toujours avec une fébrilité rare et féroce, allant même parfois jusqu’à harceler le kiosquier de mon impatience : l’Idiot international. Je me souviens notamment de cette magistrale page intitulée « Rideau ! ». Par la suite, j’ai acheté un certain  nombre d’ouvrages reliés de MEN, toujours surpris, jamais déçu, sauf peut-être quand MEN allait intentionnellement dans le chaud et douillet conformisme, peut-être pour se dédouaner de ses soi-disant écarts ou incartades (plutôt rarement), ou alors lorsqu’il sombrait dans le scatologique (assez souvent tout de même).
 

Pour en revenir à la vision de cette feuille nabienne en lambeaux rue St-Sulpice, non seulement cela m’a fait sourire mais m’a rappelé que j’étais bien dans le Quartier (Latin, bien sûr). Ce qu’il restait de l’affiche était pour le moins signifiant à mes yeux d’ancien vagabond de ces rues : c’était un signe, une marque, une estampille, un sceau. J’étais dans le Quartier... 

Certes, ma notion de Quartier (Latin) est plus large que celle de Blondin (2), laquelle se limitait à l’espace compris entre la Seine et le Boulevard Saint Germain. Mon Quartier, lui, allait jusqu’au Luxembourg tout de même, même si cette zone était considérée à mes yeux déjà comme les confins…




Descendu au terminus, ayant traversé le Boulevard St-Germain, alors que j’étais cette fois dans la rue Jacob - entre la rue de l’Echaudé et la rue Bonaparte - je notais non sans peine la disparition de la librairie maritime (3). Je me souviens, c’était un bel établissement, avec de beaux livres et objets. Mais le règne de la rentabilité a eu apparemment raison de la beauté ; une fois encore. Misère.

 


(1) Sur son site internet, l’on trouve ces dites affiches.   

Cf.: http://marc.edouard.nabe.free.fr/Accueil.html

(2) A disparu avec Antoine Blondin un des cafés qu’il affectionnait, "Le Rubens", rue Mazarine... Un soir, il y a quelques années de cela, je suis entré dans ce café pour prendre un Picon-bière à sa santé (je serais plus juste en disant quelques uns…).
(3) J’apprenais un peu plus tard que cette librairie avait déménagé dans le 16ème arrondissement (55 avenue de la Grande Armée), fusionnant avec une autre librairie du même genre.