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Le jeune Joseph Conrad, regardant une carte du monde et pointant du doigt un endroit d’Afrique où il y avait une tâche blanche (nous étions alors au XIXème siècle), dit un jour: « Un jour, j’irai là ! ». Il y est allé.

Sur place, alors qu’il cheminait sur le Congo, en bon marin, il prenait des notes, tenait un journal (très sec, voire abscons). N’y voyons là aucune malice de sa part ; il ne pensait pas à le publier une fois rentré à Londres. C’était un journal ... « pour lui » (1).



Personnellement, j’aime les carnets, les journaux dit « intimes », politiques ou littéraires. J’aime ce genre d’écriture, cette façon de découvrir un auteur. J’en ai lu quelques uns, de différentes natures et factures (2).

Grande différence entre ces divers journaux : leur degré de « véracité ». L’auteur pensait-il ou non, en l’écrivant, à le faire publier. Au moment de la publication, jusqu’où a été le travail de réécriture ? qu’en est-il des retranchements, des accommodements, etc. Le livre a-t-il été publié du vivant de l’auteur ? Bref, ces quelques considérations changent tout à la lecture du journal ou du carnet, à sa perception, ceci bien au de-là des qualités d’écriture propre.

 

Un des deux plus authentiques restera pour moi celui de Pepys. Quel auto-portrait ! Quel protestant  faux-cul (pléonasme ?) ! On s’amuse néanmoins, à travers les turpitudes de M. Pepys. On découvre une Angleterre du XVIIème peu connue (de moi), un Londres sous la peste, une vie banale comme il y en a des milliers, avec ses inquiétudes quotidiennes, ses bassesses, ses humiliations, ses actes vengeurs, ses gaudrioles, ses heurs et malheurs, ses usages, etc.


Autre journal très plaisant et authentique, celui de Jules Renard. La lecture en est bien agréable, avec un humour souvent présent, des anecdotes par milliers sur tel ou tel littérateur ou artiste contemporains de l'auteur. On note aussi que de nombreuses phrases de ce journal pourraient servir de citations et/ou de maximes; et cela à chaque page ou presque ! La misogynie de Renard est manifeste au fil des pages comme son franc-parler; mais ce qui frappe avant tout c'est la véracité du texte, le naturel des propos. Un bon moment que cette lecture du journal de Jules Renard.


 


(1) une partie de son journal du Congo vient d’être publié aux Editions des Equateurs, sous le titre « Du goût des voyages suivi de Carnets du Congo ».

(2) A. Gide, B. Constant, Conte L. Tolstoï, S. Pepys, J. Renard, Ch. Baudelaire, J. Green, Amiel, Stendhal, L. Bloy, Ch. Du Bos, E. Guevara, Th. Mann, A. Camus, l’Abbé Munier, E. Jünger, A. Gerbaud, Raymond Maufrais, M.-E. Nabe, J. Baudrillard, et quelques autres qui ne me viennent pas en tête.