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Il y a un sentiment terrible parfois qui m’étreint, celui d’être étranger dans mon propre pays. Un sentiment qui n'est pas des plus agréables...

 

Autant j’aime voyager et être à l’étranger, me trouver sur des terres inconnues et me sentir étranger, autant ressentir cela dans mon propre pays me fait froid dans le dos.

 

Etre étranger dans son propre pays, c’est ne plus reconnaître les visages, les sons, les bruits, les paysages, les odeurs, etc. Normalement, être chez soi, c’est être en phase avec un lieu, avoir un sentiment de familiarité, de connivence, en un mot d’appartenance, avec un territoire donné, un groupe humain déterminé, des comportements policés et entendus. Aujourd’hui, je n’ai plus - ou de moins en moins - ce sentiment.

 

Il en découle un sentiment de malaise, de rupture, de crainte aussi.

 

Un poète a dit un jour : « Ma patrie, c’est ma langue ». Je crains que cela ne soit le seul recours possible désormais. Néanmoins, il faut le remarquer, même en ce domaine, mes compatriotes se font de plus en plus rares. Cette  langue elle-même, notre belle langue française, se mute en un sabir des plus pauvres, en une logorrhée barbare, qui heurte les oreilles comme l’esprit. "Mon pays me fait mal", disait un autre poète...

 

Mais où faut-il donc se réfugier pour « ne pas subir » ? Comment ne pas être agressé par ce langage de misère, cette misère du langage, dans ce monde moderne où nous sommes littéralement bombardés - ne serait-ce qu’en déambulant dans l’espace public - par ces outrages à la belle langue, à la beauté tout simplement – car notre monde s’enlaidit également. Les canons de l’esthétique n’existent plus car les repères ne sont tout simplement plus, détruits par les apprentis-sorciers d'une économie capitaliste libérale érigée en idéologie, par les thuriféraires du « toujours plus », du « vite », du « jetable », par ce monde où plus rien n'a de valeur mais où tout a un prix.

 

Une figure, je crois, concentre à elle seule tout ceci ; discoureur spécialiste de cette vie nomade et sans goût(s), parfait représentant des élites mondialisées, officier commissionné de cette culture de mort, berger implacable de cette marche forcée vers le mondialisme, véritable totem du pouvoir, porte-parole insigne de la Bête : Jacques Attali.

 

Alors, face à ce triomphe de l’abject, que nous reste-t-il ? S’abstraire ? Cela me semble bien difficile lorsque l’on travaille, lorsque l’on doit vivre tout simplement.

 

Reste peut-être un blindage, un filtre à mettre en place afin d’essayer de rester sauf et le moins entaché possible. Concentration, abstraction mentale, vigilance : des opérations qu’il faut mettre en œuvre lorsque l’on traverse l’espace public, et ce, jusqu’à ce que l’on retrouve ses pénates. Que ne faut-il pas faire !

 

Misère du monde moderne, où est advenu le temps de l'épanouissement du capitalisme marchand, celui qui coupe l’individu de ses racines, qui génère ce sentiment de déréliction, qui enlaidit tout; système érigé pour le bien (le bénéfice) de quelques "happy few" profiteurs sans patrie ni frontières …

 

« Il n’y a plus rien. Camarade maudit, Camarade misère… ». (Léo Ferré)