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J’ai vu, il y a peu, un film français récent intitulé « Secret défense ». Il ne s’agit pas du film homonyme de Jacques Rivette datant de 1998, avec Sandrine Bonnaire, mais de celui de Philippe Haïm, sorti fin 2008, avec Gérard Lanvin.

 

secret-defense-2008.jpg

Le film se veut réaliste  - et il l'est sans nul doute - rejoignant en cela quelques bons films américains sur le sujet, tels « The Kingdom » et « Syariana » ou encore « The Spy Game ». Mais si la facture est similaire, le propos l’est moins, tant le réalisateur a « cherché à faire un film français, avec une approche française de la question ». «Secret défense » a également ceci d’intéressant en ce qu’il diffuse au grand public des informations sur la réalité de la lutte contre un terrorisme actuel d’origine islamique, et notamment sur le recrutement, par ces réseaux, de combattants de base au sein des prisons françaises (1).

«Secret défense » est un bon film d’action, bien réalisé, bien joué, mais néanmoins avec peut-être cette tare des films d’outre atlantique, qu’est l’économie dans l’utilisation de la lumière ; vous me direz pour un film qui parle de l’ombre… Oui, mais par-delà cette boutade, il est vrai que de ce manque de lumière (surtout dans les scènes d’intérieur, comme dans les bureaux des Services, etc.) est un peu énervant, tant cette marque est déposée ; tant de films et téléfilms américains semblent réalisés pour nyctalopes. Un genre peut-être, mais que je ne saisis pas du tout. Il faudrait que l’on m’explique.


 

Autres critiques, celles-là plus sérieuses à mon sens sur le film de Philippe Haïm : je n’ai que moyennement apprécié le parallèle explicite entre le recrutement d’une personne par nos Services et celui opéré par les radicaux islamistes. Ceci aboli la hiérarchie des valeurs et place au même niveau Services d’Etat et groupes terroristes. Un parti pris du réalisateur apparemment ; celui-ci voulait rester « neutre ». En ne voulant pas être manichéen (attitude louable), Philippe Haïm n’a pas souligné assez, à mon sens, les finalités de chaque groupe. Enfin - et surtout - le film entretien une confusion entre « agent » et « officier-traitant ». La fille jouée par Vahina Giocante est sensée être un Officier-Traitant (OT) mais elle est utilisée (et manipulée) par Gérard Lanvin, comme un agent peut l’être ! Si les OT étaient manipulés comme l’était cette jeune fille, ce ne serait pas à la gloire de la Centrale, et il n’y aurait - à juste titre - pas beaucoup de candidat pour ce genre de poste… Un « agent » n’est pas un fonctionnaire de la "Boïte" ; il est utilisé et peut-être éventuellement rémunéré, mais ceci à des fins particulières dans le cadre d’une mission ad-hoc. Un OT, lui, passe un concours et devient fonctionnaire de l’Etat, ce qui est très différent quand même. Par delà ces deux critiques, je n’oublie pas que ce film est une fiction et non un documentaire ; enfin, je crois que le réalisateur a surtout voulu distraire, rendre attractif son film et rentrer dans ses fonds. Je ne vais pas le blâmer : c’est humain et réaliste comme attitude. Comme 90% du travail des OT et analystes est assez banal, voire routinier, cela pouvait difficilement être restitué, magnifié et « passer » à l’écran …


«Secret défense » reste donc malgré tout un des bons films français du moment sur le sujet, après bien sûr d’autres plus anciens comme « Le Serpent », « Avec la peau des autres », « Le dossier 51 », « Espion lève-toi », entre autres films. Quoiqu’il en soit, le film de Philippe Haïm est de toute façon aux antipodes et surtout beaucoup moins délirant que le dernier James Bond (« Quantum of Solace »), avec un 007 qui n’a plus rien de l’antique héros bien connu, joué par Sean Connery (le meilleur). Fini l’humour british, fini la « Bond touch » ; « l’esprit bondien » est mort. Tout n’est plus désormais que brutalités, explosions en tout genre, cascades sans fins, le tout dans une absence de scénario (2) ; bref, ce dernier James Bond relève plutôt du jeu vidéo pour décérébrés et autre pervers polymorphes handicapés de l’intellect - lesquels constituent malheureusement une grande part de la jeunesse actuelle.

 

Bond-James-Bond.jpg
James Bond n'est plus...

 

(1) Rappelons peut-être, à toutes fins utiles, que le pourcentage de musulmans au sein de la population carcérale en France est sept à huit fois plus important que le taux de musulmans dans la population française… Ce sont les ministères de l’Intérieur et celui de la Justice qui donnent ces chiffres.

(2) Il est vrai que depuis un certain temps au cinéma, les effets spéciaux et autres cascades font souvent office de scenarii…