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Le discours « sombre » sur l’Iran n’est pas nouveau. C'est l'été, il refleurit.

Avant, il y avait « Max la Menace », aujourd’hui sur nos petits écrans, il y a... « L’Iran la Menace ».



La Menace réelle...


A la faveur des dernières élections dans ce pays, un cran supplémentaire a été franchi dans les commentaires de nos journaleux et hommes politiques.


Force est de constater que les journaux « occidentaux » et français en particulier, en rajoutent et tant et plus sur ce pays, ses intentions, ses dirigeants ; bref, ils nous disent ce qu’il faut penser de la situation. Ce n’est pas de la propagande, non ! Pas du tout. C’est juste « un propos pédagogique, démocratique et militant ». Ouf ! Nous sommes sauvés...

 

Le problème c’est que ce discours est bien loin de friser l’objectivité, la circonspection ; qui plus est, il participe à une entreprise idéologique et belligène vis-à-vis de ce pays. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’intelligence n’est pas de mise ici.


Radio, presse, télévisions, les médias nationaux « autorisés », tous portent le même discours, celui allant dans un seul et unique sens, celui de « l’Iran pays chancre du mal et à la volonté destructrice ; en un mot démoniaque ». Cette univocité en elle-même est déjà le signe clair qu’une désinformation est à l’œuvre (1).

 

Il faut noter, par exemple (entre mille), la façon dont sont traitées les manifestations en Iran. Les journalistes passent des images en boucles des manifestations anti-Ahmadinedjad et ne montrent pas les autres manifestations, toutes aussi énormes, en faveur du Président réélu. Nous ne voyons que des manifestations qui se déroulent à Téhéran et rien ne nous est dit sur ce qui se passe en province. On nous ressasse de plus des témoignages sans fin d’iraniens inconnus en exil, autant de témoignages qui n’ont pas spécialement d’objectivité en soi.

 

Dans ces défilés politiques anti-Ahmadinedjad, il fut aisé de remarquer des papiers-slogan tenus et brandis pas quelques manifestants, rédigés… en anglais.


Le téléspectateur lambda de l’Arkansas ou de l’Idaho se fait vite une opinion : « Ces gens là parlent comme nous pour exprimer leur difficile situation. Ils sont sûrement bien et défendent vraisemblablement une bonne cause ! ».


Malheureusement pas de slogan ni de papiers rédigés en anglais chez les partisans d’Ahmadinedjad. Seul l’Arabe ou le Pharsi prévalent. « On ne les comprend pas ! Ce sont des barbares ! On ne peut pas discuter avec ces gens-là ! Ce sont sûrement eux les méchants », se dit le même téléspectateur lambda de l’Arkansas ou de l’Idaho.



Deux citoyens américains.

 

Ces libelles en anglais brandis par des manifestants me font immédiatement penser aux manifestations qui eurent lieu il y a un certain temps et bien loin de là. Nous sommes en Indochine, en 1945. A cette époque, la France tente de reprendre sa souveraineté, éclipsée par le coup de force japonais du 13 mars 1945 et des conditions de l’après-guerre. Alors que les autorités françaises arrivaient dans le Nord, à Hanoï, en août 1945, on a vu fleurir dans les rues des banderoles politiques indépendantistes et très hostiles à la France, toutes rédigées… en anglais. Alors que ce peuple du Vietnam avait été éduqué – pour ceux qui en eurent la possibilité – dans les établissements d’enseignements français, il apparaissait étrange que ces banderoles fussent rédigées dans cet idiome anglo-saxon. Il se trouve que l’on en connaît parfaitement les raisons aujourd’hui. Ces actions furent le résultat des équipes du Major Patty de l’Office of Strategic Study (OSS), c’est-à-dire des services secrets américains ; les Etats-Unis œuvrant directement à cette époque contre les pays européens, ceci en favorisant les mouvements anticoloniaux, même lorsqu’ils furent communistes, tel le Vietminh de Ho Chi Minh. Ce dernier passa d’ailleurs par les écoles de formation de l’OSS.



Le terrible chat d'Iran.

 

Par ailleurs, l’on sait que le Shah d’Iran fut renversé entre autre avec l’aide des services secrets américains. Les mouvements d’étudiants opposés au Shah furent aidés matériellement et financièrement par les agents de la CIA. Certes, la suite tourna à l’encontre des Etats-Unis, quand les religieux, conduits par Khomeiny, réussirent à phagocyter et absorber la révolte estudiantine ; mais ceci est une autre histoire….


Sans verser dans la « comploïte », il n’en demeure pas moins que la possibilité d’une action des services américains est tout à fait pensable, imaginable ; non pas que le dit opposant Mir Hossein Moussavi comble totalement les vœux des dirigeants américains, mais simplement que cela participe à la déstabilisation du pays et donc aux intérêts américains.

 

Rappelons à toute fins utiles, à ceux qui verraient dans Mir Hossein Moussavi un « sauveur de la démocratie », « une lueur d’espoir » face à l’ « obscurantisme rétrograde », que Moussavi fut, en 1980, nommé Premier Ministre par l’Ayatollah Khomeyni. Durant sa mandature, laquelle dura jusqu’en 1988, Moussavi fit exécuter sans pitié des milliers d’opposants au régime. Comme parangon de « la démocratie, de l’ouverture et de l’espoir », c’est assez limité… Alors d’aucuns d’objecter : « Oui, mais tout le monde peut changer ». Dans ce cas, n’importe qui pouvant changer et passer de la position de méchant à celui de gentil, pourquoi seul Moussavi devrait donc bénéficier de cette bienveillance ?

 

N’oublions pas non plus que Moussavi n’est pas de ceux qui remettent en cause une minute la base du régime, à savoir la République Islamique d’Iran. Qui plus est, pour ceux qui s’effrayent de la volonté de Mahmoud Ahmadinedjad de vouloir faire de l’Iran une puissance nucléaire, soulignons que Moussavi défend tout aussi fortement cette idée. On peut rappeler aussi, en passant, que le programme nucléaire iranien a commencé … sous le régime du Shah, avec l’aval américain. Soulignons enfin que la politique d’indépendance iranienne, cette volonté de garantir et d’asseoir sa souveraineté, est une constante de la nation iranienne, mais pas de tel ou tel régime en place à Téhéran. Et il est tout-à-fait naturel qu’un pays comme l’Iran, possédant d’immenses ressources en hydrocarbures, cherche à sanctuariser son territoire, à défendre sa souveraineté par le nucléaire. De quel droit d’ailleurs pourrait-on lui interdire cet objectif ? Parce que l’existence d’une bombe nucléaire shiite iranienne effrayent les saoudiens (sunnites) proches ou encore les israéliens d’à côté ? Mais nous ne sommes ni saoudiens, ni israéliens et pas davantage leurs avocats, si je ne m’abuse.

L'arme nucléaire n'est pas une arme d'emploi. La posséder, c'est s'affranchir de l'éventuelle volonté d'accaparement de son territoire par une puissance étrangère. De plus elle a cette "vertu" d'apporter la sagesse à ceux qui la possède. Regardant l'exemple indo-pakistanais, force est de constater que depuis que ces deux puissances ont la bombe, le conflit entre eux n'a fait que baisser, voire des accords sont intervenus entre New Delhi et Islamabad et apportant la paix. Sans s'étendre d'avantage sur ce sujet du nucléaire, il suffit de lire et/ou d'écouter les véritables stratègistes français pour le savoir.

 

Cette querelle iranienne finalement n’est autre qu’une dispute interne au régime; voilà tout... Que l’un soit au pouvoir ou l’autre ne change strictement rien à nos intérêts. Il n’y a pas à prendre partie. Ce sont aux iraniens d’agir et de prendre en main leur destin.


Le Président américain semble avoir eu connaissance du « lourd » passé de Moussavi et c’est la raison pour laquelle d'ailleurs il ne lui apporte pas son soutien, quand bien même Ahmadinedjad représente à ses yeux le candidat exécré.


A contrario de cette position de « sagesse politique », voilà-t’y-pas que not’Président Français, lui, monte au créneau et se pose (la posture est bien ce qui caractérise cet individu) en « grand défenseur de la démocratie », apportant critique au processus électoral qui s’est déroulé, en estimant la situation en Iran "extrêmement préoccupante", dénonçant la réaction du pouvoir comme étant "brutale" et "totalement disproportionnée", etc.


Les iraniens sauront se rappeler de l’attitude retenue d’Obama et de celle du ci-devant « Nick »,  une fois la stabilité revenue. En matière de relations internationales, la prudence et la sagesse doivent toujours être de mise. Le sens de la mesure devant prévaloir. Ce ne sont pas les qualités qui semblent vraiment dominer chez le Président Français.

La France va pâtir une fois de plus des agitations de l’histrion…  Pauvre France !


 

Il tartufo...


Mais pour finir, cernons bien notre hôte incongru de l’Elysée. Une anecdote me vient à l’esprit laquelle caractériserait, si besoin en était, la mentalité de gueux revêtu qui pavane et dégouline, suinte et exsude, transpire et macule.


Il existe dans le parc du château de Versailles, au bout de l’aile Sud du Grand canal, un hôtel particulier dit « La Lanterne » (avec tennis, piscine, piste d’hélicoptère, etc.), une des demeures que la République met à la disposition des ses hauts dignitaires, laquelle en l’occurrence est traditionnellement dévolu au premier ministre français. Dans les jours qui suivirent sa nomination, le Président faisait savoir à son premier des ministres qu’il prenait dans son escarcelle cette demeure. Il faut dire que le petit Nicolas avait arpenté le parc du château avant même d’avoir été élu et avait repéré ladite demeure ; il s’était même fait photographier par des journalistes dans les allées y menant.


 

La Lanterne magique... (en haut à droite, un bout du grand Canal)


Mesquinerie, outrecuidance, veulerie, absence de génie politique, voilà les caractéristiques de notre monde politique d’aujourd’hui. Des commerciaux arrivés au sommet de l'Etat...


Faut-il vraiment s’attendre à quelque chose de « grand » en matière de politique (intérieure ou étrangère) de la part de cette clique ? Mais jusqu’où faudra-t-il tomber ? A force de s’enfoncer de la sorte, nous allons bientôt trouver du pétrole ou rencontrer le magma…

 

Misère.

 

Notes :

 

(1) Relisons les ouvrages de Vladimir Volkoff sur le sujet de la désinformation, de ses pratiques, ses rouages, ses acteurs, etc.