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« Tout ce qui est grand se dresse dans la tempête »

Platon (République, 497d, 9) [1]

 

Malgré tout. Oui, malgré tout, il faut continuer. Cette époque nous montre l’abjection érigée en vertu, l’immonde présentée en modèle, le méprisable cosmétisé en honorable. Et il faut continuer son chemin, malgré tout.

 

Mais l’époque est-elle vraiment responsable ? On accuse le temps, mais je crois simplement que c’est l’homme qui est ainsi ; pas l’époque. C’est l’homme qui fait son temps, pas l’inverse. Ce n’est pas notre temps qui est à vomir, mais... l’homme !

 

Que nous disent alors ces hommes de 2011 sur ce qu’ils sont ? Pas des choses reluisantes malheureusement… L’homme est toujours une créature misérable et qui se croit aujourd’hui au-dessus de tout car cet homme a un I-pad, pianote sur le net pour savoir tout sur tout, est en contact Skype avec l’autre bout du monde, peut aller n’importe où en voiture sans se perdre même s’il n’y est jamais allé grâce à son GPS, se croit supérieur à ceux qui sont morts avant lui car ils n'avaient pas d'emails, ne recevaient pas de sms, ne participaient pas aux réseaux sociaux, etc. Sans parler de la délectation de cet homme de notre temps à regarder et à se délecter de l’ordure télévisuelle, du sordide des journaux dégénérés et pervers présents sur tous les étals, du consternant avec le discours politique qui se répand sans vergogne et à dose létale sur tous les vecteurs médiatiques. Sans oublier ces hommes et femmes de vertu, ces politiques, ces bonnes consciences, qui nous disent que dire, que penser, que faire et comment faire dans notre époque troublée, ceux qui parlent en bons samaritains, en donneurs de leçons à d’aucuns qui se cherchent en ces temps incertains et tâchent de demeurer droits, alors que dans le même temps, ceux-là mêmes qui parlent se vautrent dans la veulerie, le stupre, la concussion, la corruption, etc. Eux qui, justement, sont sensés être des modèles, des exemples, des témoins (ou en tout cas, se posent en tant que tels) ! Il ne faut pas être dupe de tout cela. Nous ne le sommes pas. Alors, que dire ? Que faire ?
L'enigme de l'Atlantide - extrait

Vous me direz naïf, in-nocent ; vous aurez peut être raison. Vous me direz que, n’étant pas dupe, je devrais être plutôt cynique, car je sais certaines choses et qu’en ces temps, le cynisme est le dernier refuge des idéalistes ; vous aurez sûrement raison. Mais, voyez vous, je ne suis pas assez doué… même pour le cynisme ; je n’ai pas cette capacité. Je crois que l’on ne peut-être cynique que si l'on a justement perdu l’in-nocence; mais, voyez-vous,  cette dernière se colle à moi comme une terre généreuse et gorgée d’eau à une semelle providentielle, celle de mon pied. Je ne fais rien de particulier, d’efforts incommensurables pour demeurer ainsi : je suis ainsi ! On ne se refait pas ; mais pendant ce temps, le monde nous refait. C’est toujours le tragique des in-nocents d’ailleurs : vouloir refaire le monde et se faire refaire par lui ! Mais il reste encore un espoir malgré tout : le jardin… l’environnement immédiat, la famille restreinte, les amis choisis, le « cercle » défini [2].

 

Alors, je me suis dit, maintenant, je vais tracer plus justement, plus profondément mon « cercle » ; et gare à ceux qui le dérangeront, y pénétreront sans y avoir été invité, accepté. Dans ce cercle, je préserverai ce à quoi je crois, ce qui me donne le frisson : ma foi, mes valeurs, mes principes, même et surtout s’ils sont jugés par notre temps (par les hommes de notre temps, pour être plus précis) désuets, dépassés, incongrus. Dans ce cercle, je maintiendrai la flamme, celle qui est en moi depuis un temps inconnu, indéterminable, celle du don de la grâce ; je la protègerai cette flamme  comme un veilleur anachronique, comme un gardien de phare perdu, comme une sentinelle oubliée, mais comme un brigand aussi. Il faut se battre pour cette flamme ; elle est ce qui nous constitue, celle qui nous maintient debout, vivant, avec l’honneur … de pouvoir se regarder en face.

 

Cette flamme nous la transmettrons aussi à nos enfants, dans l'espoir qu'ils la maintiendront, car nous croyons en un avenir meilleur, car nous croyons au salut de l'homme, et simplement car nous avons la Foi, celle des charboniers, celle des simples, pas celle des bourgeois des premiers rangs de cathédrale, des bouffis d'orgueil envisonnés, cortisonendraculés [3], des bien pensants, et  de ceux enfin qui nous fatiguent depuis bien trop longtemps...

 

"Je suis l'homme des cendres bien froides qui croit en un tison quelque part survivant ", disait René Char [4].

René Char

Notes :

[1] François Fédier propose cette traduction très signifiante "Tout ce qui est grand s'expose à la tempête". On la trouve à la fin du discours du Rectorat de Martin Heidegger.

[2] Cela me fait penser au mot d'Archimède, lors de la prise de Syracuse, au soldat romain venu l'arrêter, alors qu'avec un bâton il faisait des calculs sur le sol: "Ne dérangez pas mes cercles".

[3] Cf. le mot du poète Michel Deguy, in Disney-World, Poèmes II (1970-1980).

[4] Cf. Recherche de la base et du sommet. A une sérénité crispée (1952).

 

Iconographies :

René Char : http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/26610.jpg

Edgar P. Jacobs : L’énigme de l’Atlantide in TINTIN - pages spéciales de 1955 p.10