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Affaires après affaires, jour après jour, nous apprenons que nos hommes politiques frayent de plus en plus avec les circuits illégaux d’argent, quand ils n’en sont pas à l’origine...

Cinquième République - anthologie de la corruption

"Une anthologie de la corruption, le Who's who de la crapulerie..."

(Cf. Mort d'un pourri de Georges Lautner)

La corruption n'est pas chose nouvelle, loin s'en faut. Mais ce qui stupéfie aujourd'hui, ce sont les sommes en question. Avec ces « affaires » (Sawari et Karachi, sans parler des « mallettes » - voir le dernier livre de Péan à ce sujet), nous atteignons des sommets : plusieurs dizaines de millions d’Euro. Et que se passe-t-il ? Voyons-nous dans les rues des milliers de personnes qui protestent ? Les voyons-nous demander, ou plutôt exiger, la comparution et la condamnation rapide des coupables ? Non ! C’est à se demander si les Français ont conscience du fait qu’il s’agit de leur argent, et que des élus se goinfrent et tant et plus (à droite comme à gauche). Quand bien même ils en auraient conscience, cela ne semble pas les mobiliser. Ils iront même voter pour ces mêmes personnes lorsqu’elles se représenteront aux suffrages ! Consternant.

stavisky

 

Le "beau Sacha"...

Dans l’histoire de la corruption - prenons juste les scandales de Panama (souscriptions pour le percement du canal) et des Bons de Bayonne (affaire Stavisky) - il fut un temps où les Français descendaient dans les rues et réussissaient à renverser les gouvernements en place (responsables de ces scandales) ou du moins arrivait-on à la décrédibilisation et à l’éviction définitive de certains hommes politiques.

Petit Journal 1892 - Panama 

La République des goinfres est toujours debout !

Quoi qu’il en soit, les sommes détournées par le passé sont dérisoires à côté de celles en question dans ces dernières affaires de la Vème finissante. « Panama » et « Stavisky » sont peccadilles, pourboires en comparaison de ce dont il est question aujourd’hui. Charles Baïhaut, Ferdinand de Lesseps, Gustave Eiffel, Gustave Tissier, Dominique-Joseph Garat, le sous-préfet Antelme et Stavisky sont des amateurs comparativement aux acteurs des affaires d’aujourd’hui ; ce sont des petits joueurs, des nains. Consécutivement à ces affaires récentes, que se passe-t-il dans la rue française de 2011 ? Rien ! Tout juste noircit-on du papier, glause-t-on ici et là, et entend-t-on  parler d’éventuelles mises en examen… Mais, comme l’on sait, ces procès ne condamneront au mieux que des lampistes.

Marque Jaune extrait p.04

 

Florilège des « affaires » de la Vème République :

Années 1970 : Affaire de la Garantie foncière (Garantie foncière), des avions renifleurs, des diamants, Villarceaux.

Années 1980 : Affaire de la Société générale, des écoutes de l'Élysée, des otages du Liban, du Carrefour du développement, Luchaire, Pechiney-Triangle, Urba, Vibrachoc.

Années 1990 : Affaire Agos, Airbus (France), Botton, Boucheron, Dauphiné News, de la Cogédim, de la Jeunesse toulonnaise, de la MNEF, de la mine d'or de Yanacocha, de la Sempap, de la Sofremi, des avions CASA, des chargés de mission de la mairie de Paris, des emplois fictifs de la mairie de Paris, des fausses factures du RPR, des frégates d'Arabie saoudite et des sous-marins du Pakistan, des HLM de Paris, des HLM des Hauts-de-Seine, des marchés publics d'Île-de-France, des ventes d'armes à l'Angola, Destrade, Doucé, du CDDE, de Haute-Garonne, du Crédit Lyonnais, du financement de Globe Hebdo, du siège de GEC-Alsthom Transport, Elf, Gillibert, Joséphine, Maillard et Duclos, Pelat, Pétrole contre nourriture, Testut, Tiberi, Yann Piat.

Années 2000 : Affaire Clearstream 1, Clearstream 2, de la cassette Méry, des frais de bouche des époux Chirac, de la Française des Jeux, des frégates de Taïwan, du CE d'EDF, du château de Bity, du contrat DSK-EDF, du Cref, du tramway de Nice, Elf Nigeria, Erulin, Gaymard, Gifco, Lagerfeld, Laurent Raillard, Michel Mouillot, de la privatisation de la CGM, Rhodia, Sulzer.

Années 2010 : Affaire de la succession de Daniel Wildenstein, du financement occulte du Parti républicain, du tramway de Bordeaux, Guérini, Sylvie Andrieux, Takkieddine, Total, Woerth-Bettencourt, du circuit de Magny-Cours, Escota, Jacques Pilhan, Jeanny Lorgeaux, Noblepac, Thales, UTA, Yves Saint-Laurent, etc.

 

Dans le film « Mort d’un pourri », réalisé par Georges Lautner, Michel Audiard nous donne un bon aperçu de la chose. Voyons - pour le plaisir - un extrait des savoureux dialogues :

Tomsky : (...) La partie sportive étant écourtée, nous allons pouvoir, cher Monsieur Maréchal, entrer dans une phase plus constructive... Bien que mon nom ne figure pas en haut de chaque feuillet, les dossiers que vous possédez m’appartiennent, ou, si vous préférez, j’en suis garant vis à vis de certaines personnes... Monsieur Maréchal, le climat politique actuel n’est pas bon ; et vos récentes publications ne peuvent que nuire aux intérêts de votre pays.

Maréchal : Mon pays, vous en avez rien à foutre.

Tomsky : C’est exact ! les autres aussi d’ailleurs… En attendant qu’ils installent l’internationale du prolo, on a mis en place l’internationale du pognon... C’est un peu plus sérieux, croyez-moi. Des mots comme belligérant ou allié n’ont plus de sens. Nous n’avons plus d’amis, nous avons des partenaires ; nous n’avons plus d’ennemis, nous avons des clients. Le Capital ne connaît plus de frontières.

Maréchal : La corruption non plus, je suppose.

Tomsky : C’est pourquoi la publication du dossier Sérano n’y changera rien. Je serai démissionné,… deux ou trois guignols politiques sauteront,… vous irez en prison, mais ça ne changera fondamentalement rien.

Maréchal : Je crois que vous négligez un peu, un peu trop, l’opinion publique.

Tomsky : En quoi a-t-elle modifié l’affaire Lockeed ?

Maréchal : Et l’affaire Nixon ?

Tomsky : Ce n’était pas une affaire d’argent, mais de morale.

Maréchal : Ah ! il y a donc une morale.

Tomsky : Tranquillisez-vous ! Ca restera l’affaire du siècle. Monsieur Maréchal, vous êtes honnête comme l’étaient nos grands-pères ; ça ne correspond hélas plus à rien. Votre dernier grand chef d’Etat ne vous a-t-il pas envoyé dire que vous étiez « des veaux » ? Alors, en quoi cela dérange-t-il le « veau » qu’un secrétaire d’Etat ou un directeur de Cabinet s’enrichissent trop rapidement ? Croyez-vous que la situation économique en soit affectée ? Allons donc ! L’essentiel est de construire, de produire, de donner aux « veaux » ce qu’ils désirent : à bouffer, à boire, à baiser, à partir sur l’herbe le samedi, avec quelques transhumances en altitude l’hiver.

Mort d'un pourri

Tomsky et Maréchal en Sologne, pour une chasse... 

(Mort d'un pourri; Georges Lautner 1977)

Dormez tranquille braves gens... Nos élus et nos élites politiques s'occupent de notre argent... Ces sont des spécialistes, des professionnels, des gens hautement qualifiés ; ils sont formés dans les meilleures écoles de la République (ENA, Polytechnique, HEC, etc.). Quand on voit l'état de notre pays, on constate aisément leur savoir-faire : la faillite totale, la gabegie généralisée, la concussion quasi systématique. Mais si l'on pouvait regarder avec attention les comptes bancaires de ces messieurs - avant et après leur passage en politique - , tout comme ceux de leur parti politique respectif, on comprendrait rapidement pourquoi ils se battent et tant et plus pour un poste ici ou là.

Misère !

 

Crédit photo : http://st.kinopoisk.ru/im/kadr/1/5/4/kinopoisk.ru-Mort-d_27un-pourri-1541709.jpg