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And I, the last, go forth companionless,
And the days darken round me, and the years,
Among new men, strange faces, other minds.(*)

in Alfred Tennyson, Morte d'Arthur (1845), vers 236-238. 


 

Depuis sa création en 1972, le Front National a évolué ; quoi de plus naturel pour un parti politique que d’ajuster - et seulement d’ajuster - ses propositions eu égard à la situation politique, sociale, internationale du moment.

 

Rappelons-le, le Front National était atlantiste, pro-israélien, résistantialite, tatchériste et reaganien en économie (c’est-à-dire libéral avancé), ceci dans les années 80.


Un tournant significatif s’est opéré dans ce parti vers la fin des années 90 ; j’en fus le premier ravi. Le Front est ainsi devenu plus européo-centré (sans être, bien sûr, européiste bruxellois), plus « gaullien », moins obsédé par le discours du « laisser faire-laisser aller », plus offensif contre les financiers qui dirigent le monde, plus proche des préoccupations des petites gens, des nombreux Français pauvres, victimes de la mondialisation en marche, en un mot plus « social ».

Logo Front national 

Avec l’arrivée à la tête du parti de Marine Le Pen, cette orientation s’est poursuivie, avec quelques modifications tout de même. Ainsi, juste au sujet de l’immigration - comme le notait récemment, non un mégrétiste ou un « félon », mais simplement une jeune socialiste (1) :

Le Front National était pour le renvoi de tous les immigrés ; ce n’est plus le cas.

Le Front National était pour le retrait de la nationalité française à 2,5 millions de français ayant acquis la nationalité française depuis 1974 ; ce n’est plus le cas (retrait de cette proposition dès les européennes de 1999) dans le programme du Front National.

Le Front National était contre les naturalisations ; à présent, les naturalisations sont acquises et inscrites dans le programme du Front National.

Le Front National était contre les cartes de séjour de plus d’un an ; les cartes de séjour de trois ans sont maintenant acquises dans le programme du Front National.

Le Front National était pour l’immigration zéro ; le Front National admet dans son programme actuel, la venue annuelle de 10 000 immigrés sur le territoire national.

 

Il y a donc bien eu un changement, une évolution notoire. Les angles ont été arrondis, policés. Il faut l’admettre. Cela doit faire partie de la « dédiabolisation »…

Dediabolisation 

Par ailleurs, dans la superbe dynamique lancée avec la venue de Marine Le Pen - que personne ne peut ignorer et nier - on ne peut manquer de remarquer au sein des nouveaux responsables, un état d’esprit assez critiquable et systématique, celui qui consiste à ne pas être redevable en aucune manière et explicitement du travail entrepris par les « anciens », voire à rejeter purement et simplement « dans les poubelles de l’histoire », le travail accompli par ceux qui les ont précédé dans le mouvement, ceux-là même qui ont, eux, vraiment avancé autrement que sous les quolibets médiatiques, sous les coups tordus, les vraies attaques violentes et ce à contre-courant total par rapport à l’esprit du temps. Le discours de ces jeunes responsables est à cet égard patent.

 

Aujourd’hui, les temps ont changé, ces jeunes du Front avancent plutôt dans le vent ; en ont-ils seulement conscience ? Le front est en dynamique ascendante. Ses résultats aux prochaines échéances électorales (présidentielles et législatives) seront assurément très bons, comme ils ne le furent jamais par le passé. Et c’est très bien ainsi, dois-je le souligner.

 

Mais cette nouvelle génération (la "génération Marine", en l’occurrence) agit à la manière des marxistes, avec un certain discours flagrant, du type « du passé faisons table rase ». Ces « jeunes » n’ont pas de culture politique et doctrinale sérieuse, pas de culture historique profonde, même s’ils ne sont pas dénués de talents par ailleurs (2), il faut le reconnaître. Mais me direz-vous, ils sont jeunes ; c’est donc « normal » en partie. Admettons.

 

Pour autant, ces jeunes cadres du Front National agissent tels des nouveaux riches, tels des gueux enrichis ou des parvenus, à l’instar de ces « néo-catholiques identitaires », de ces cathos « bon teint »  (le chèche + le frisson) qui nient et même rejettent ceux qui ont souffert et pourtant permis que ces « néo » puissent aujourd’hui pratiquer leur Foi comme ils le souhaitent, parler et avancer plus ouvertement et facilement dans la société, dans les médias. Ces « néo » ont oublié bien vite le travail courageux et salutaire accompli par Monseigneur Lefebvre et ses continuateurs, même si ces derniers sont, eux aussi, certainement criticables sur tel ou tel point particulier. Ces « néo » ne sont que des jouisseurs en fait, des enfants gâtés, sans mémoire ni conscience. Assurément, il leur a manqué à ces « néo » quelques petites claques sur le beignet… Cela leur eût donné, assurément, quelque supplément d’âme.

 

Quand on observe ces jeunes responsables du Front (3), quand on les regarde attentivement dans leur posture, leur accoutrement - pour certains d’entre eux en tout cas - il nous semble souvent être en face de commerciaux, vendeurs de biens immobiliers, de cuisines aménagées, ou de produits financiers (ce n’est pas vraiment un compliment, on l’aura compris ici).

  FN bling bling 02Vers un "bling-bling" national ?

 

Critiquant à juste titre le côté « bling-bling » du Président Sarkozy, ils ne se rendent même pas compte qu’eux-mêmes sont dans une caricature tout aussi ragoutante, tout aussi vulgaire, dans leurs panoplies, leur pseudo détachement et leur côté blasé (ils ont moins de 30 ans !). Ils sont enfermés dans des travers vestimentaires et signifiants de bourgeois enrichis, voulant à tout prix faire montre de leur appartenance à une élite friquée et petite bourgeoise, celle qui a acquis les « codes », mais transpirant immanquablement, par cet ensemble « parangonal », le mépris pour les Français des classes populaires aux revenus modestes. Pour le « Plan COM », il y aurait donc à revoir...

 

Est-ce là la nouvelle France présentée par le nouveau Front National ? Peut-être, mais ce n’est pas tout à fait la mienne. Ce qui est certain, vous me direz, c’est que je n’ai pas trente ans.

 

Maintenant que ces choses là sont dites, le Front National doit néanmoins gagner les suffrages de la majorité des Français ; il en va de la survie de ce qui reste de la France. C’est maintenant, sinon il sera trop tard.

 

Nous savons donc ce qu’il faudra faire aux prochaines élections : voter pour ce parti, même si nous sommes critiques vis-à-vis de ce qu’il est devenu, de certains de ses dirigeants, et aussi même si nous ne sommes pas démocrates (4). 

 

(*) "Et moi, le dernier, je poursuis ma route sans compagnon, / Et les jours s'assombrissent autour de moi, comme les années, / Au milieu d'hommes nouveaux, de visages étranges, d'esprits différents." (traduction pers.)

 

Largo Winch final

Notes :

(1) Cf. Delphine Batho lors du débat avec Florian Philippot à l’émission "Les débats de la présidentielle" sur Public Sénat, le 10 février 2012.

(2) Oui, ils savent communiquer…

(3) Il ne s’agit pas ici des militants de base - respectables par essence pourrait-on dire. Pour être aimable, je ne citerai pas de noms…

(4) tel l’auteur de ces lignes.

 

Illustration (modifiée) :

Largo Winch, La forteresse de Makiling, p.33.