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Monsieur Eric Besson, Ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire (respirez), va lancer un « vaste débat » (1) sur l’identité nationale destiné « à renforcer les "valeurs républicaines" ». Nous sommes sauvés !

 

Ce débat a pour objectif, selon le Ministre, de « réaffirmer la fierté d'être français », thème central de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, laquelle campagne n’a servi qu’à berner un grand nombre de français comme l’on sait. Toujours selon M. Besson, après discussions avec les parlementaires et les « forces vives » du pays, un colloque de synthèse se tiendra à la fin du mois de janvier 2010.

 


La nation

 

Outre que nous entrons dans une période pré-électorale, et que l’on pourrait donc y voir une certaine opportunité (2), le fait même qu’un débat soit lancé sur ce thème pose quelques questions.

 

a) Nos parlementaires sont-ils assez qualifiés pour ce genre de « débat » ; j’en veux pour preuve leur représentativité discutable, ne serait-ce que sur la question de l’adhésion au traité constitutionnel européen où plus de 50% de la population s’est prononcé contre et plus de 90% de nos parlementaires en faveur dudit traité. Il y aurait comme un chiasme entre les représentés et les représentants.

 

b) Poser cette question de l’identité nationale est symptomatique je crois de la fin d’un monde. L’identité nationale « est », sans qu’il soit nécessaire normalement de se demander ce qu’elle est. Les Allemands se sont posé la question au XIXème siècle, notamment avec Fichte, car ils ne constituaient pas une nation contrairement à la France. Se poser cette question est, je pense, tout simplement le signe que l’identité nationale n’est plus. Les Grecs ont connu successivement la civilisation archaïque, la civilisation hellénique et la civilisation hellénistique ; cette dernière n’étant déjà plus qu’un avatar dégénéré, un succédané de la précédente. Quand les Romains se sont posés eux-mêmes (au moment de l’Edit de Caracalla) la question de savoir ce que pouvait être la civilisation romaine  - elle-même héritière du monde grec - elle n’était déjà plus. Mais il est vrai, comme le disait Kostas Axelos, que « la fin d’une chose dure parfois plus longtemps que la chose elle-même » (3)…

 


Fichte

 

c) Dans la forme, le Ministre Besson dit qu’il sera fait appel aux « forces vives » du pays pour trouver des éléments de réponses. Compte-tenu de ce que l’on peut savoir des dites « forces vives » dans notre pays « démocratique », on imagine sans peine la « coloration » des réponses.

 

d) Néanmoins, cet « appel à manifestation d’intérêt pour déterminer notre identité nationale », fait penser à ces « tenues maçonniques » lesquelles « planchent » sur telle ou telle question avant de remettre et présenter une réponse. Ce qu’il faut savoir dans ce processus « hautement démocratique », c’est qu’au résultat - après synthèses réalisées échelon après échelon - une réponse est finalement apportée ; une réponse sensée exprimer le sentiment général et donc absolument « incontestable » sous peine d’exclusion, de rejet, d’anathème. Mais qu’en est-il en réalité : les dirigeants de haut rang (4) présentent au final, après les travaux des loges, des cellules, des « résultats » issus du travail des loges, ce qui, en fait, n’était que leur propre et seul dessein a priori. Peu importe le sentiment et les idées des membres subalternes, ce qui seuls comptent sont les sentiments et les idées des « maîtres ». L’on organise ainsi des « débats », des colloques, etc., mais dont la seule vertu est en définitive d’amuser et de distraire, de faire croire et de duper.

 


Illuminati

 

L’identité est une question cruciale en ces temps de mondialisation, de globalisation, de standardisation. Ce que l’on peut dire, brièvement, c’est que l’identité n’est pas figée et ni éternelle, qu’elle est multiple et hiérarchisée. En fonction des circonstances générales ou particulières, des desseins immédiats ou plus lointains, des interlocuteurs, des sentiments personnels, etc. ces identités seront modulées, hiérarchisées différemment. A ce sujet, l’on peut lire un des ouvrages d’Alain de Benoit intitulé « Nous et les autres » (5), ou encore - pour voir ce que pensent le mondialisme triomphant (pour le moment) -, les ouvrages de Samuel Huntington (6) ou des néo-conservateurs américains (les Kristol, et consorts).

 

Seuls les peuples qui ont une longue mémoire auront un avenir, disait Friedrich Nietzsche. En France, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous sommes bien loin du compte…

 


Friedrich Nietzsche
 

Notes :

 

(1) entendez par là : vaste… fumisterie.

(2) « opportunisme » d’ailleurs étant un mot qu’affectionne et catégorise bien, semble-t-il, M. Besson.

(3) Extrait d’un entretien intitulé « Philosophie ou le triomphe de la chouette » (épisode 13) de la série « L’héritage de la chouette » de Chris Marker, 1989.

(4) les fameux - mais infâmes - « illuminatis »

(5) Nous et les autres. Problématique de l'identité, éditions Krisis, 2006.

(6) En premier lieu son Qui sommes-nous? : Identité nationale et choc des cultures, chez Odile Jacob, 2004.