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Pour avoir l’adhésion de quelqu’un sur un sujet quelconque, par delà la raison, il faut émouvoir ce quelqu’un. L'émotion est toujours plus forte que la raison ; pire, elle peut annihiler ou anesthésier la raison.

 

Ainsi, pour traiter du sujet de Sakineh Mohammadi Ashtiani, cette iranienne menacée de lapidation dans son pays pour meurtre et adultères, faut-il « présenter » la victime à ceux que l’on cherche à amener à la cause. Rien de tel pour cela qu’une belle image…

 

Disons-le tout net : aux yeux d’un européen (que je suis), la lapidation est une barbarie. Que l’on soit clair dès le départ, afin qu’il n’y ait pas d’ambigüité. Il se trouve que c’est une condamnation prescrite en Iran (comme au Pakistan, etc.), où la législation est en accord avec la Shari’ah, la Loi Coranique.

 

Cette dame de 43 ans, Sakineh, emprisonnée depuis 4 ans dans son pays est accusée de « complicité de meurtre » et de « relations sexuelles illicites hors du mariage ». Et il ne s’agit pas ici de juger de cette affaire. Je ne suis pas juriste (encore moins en droit islamique) et je n’ai pas eu connaissance du dossier. C’est d’autre chose dont je veux traiter.

 

Au début de l’affaire, la seule photo qui nous était présentée partout (presse écrite, télévision), était celle d’une femme aux traits réguliers, à l'air un peu timide, au regard franc et réservé et portant un voile noir ;  presque une madone (Photo 1). Trois éléments : l’arrière plan de l’image (blanc, uni, vide). Le voile noir, apportant une touche dramatique et faisant encore plus ressortir le visage éthéré, lisse, aimable (le troisième et dernier élément).

 

sakineh icone

L'icône Sakineh (Photo 1)

 

Cette image est plus qu’une image, c’est une icône ; et une icône est digne de vénération, de respect. Une icône ne peut être coupable. Et l’on peut dire que c’est cette icône qui a emporté l’adhésion du public par delà le fond même de l'affaire.

 

Et voilà que d’autres images apparaissent (photos 2, 3 et 4) et nous découvrons autre chose. De l’icône, nous sommes passés au réel. Et le réel est moins charmant. C’est la chute ! Les traits sont plus épais, gras, presque ingrats (si l’on était méchant). Le fond change : du blanc, nous passons au gris et au sombre. Le voile s’éclaircit un peu, se bariole. Mais c’est la même personne. Que s’est-il passé ? Cette dame a-t-elle vieillie prématurément ? A-t-elle eu un régime alimentaire particulier (et abondant) en prison ? Bref, ce n’est pas celle que l’on nous a vendu dans les journaux et les télévisions ! Incontestablement, il y a incongruité entre le packaging et le produit.

 

Sakineh - Reel

La réalité est autre (photos 2, 3 et 4)

 

Différentes images donc nous sont apparues chronologiquement, opportunément, dirait-on. Et un questionnement : le « cas Sakineh » aurait-il remporté le succès international que l’on sait sans l’icône du départ ? L’émotion aurait-elle été la même si l’on avait présenté les photos 2, 3 ou 4 ? Honnêtement, je ne le pense pas. L’on aurait regardé, peut-être, davantage le fond du problème (motifs de la condamnation, solidité de l’accusation, etc.). L’émotion ne serait pas passée par là, ou beaucoup moins en tout cas.

 

Mais la vérité a-t-elle besoin d’être embellie pour être vendue ? Pourquoi cette entreprise de travestissement ?

 

Il faut bien l’admettre, le « cas Sakineh » a servi et sert d’autres motifs, par delà cette question de la condamnation par lapidation et de la réalité supposée des accusations. C’est le réel caché par un réel apparent. L’icône présentée cachait des motifs politiques : l’Iran est la bête noire de certains pays. Il fallait utiliser le « cas Sakineh » pour garnir encore le « dossier à charge » contre l’Iran.

 

Le problème, c’est que le mélange des genres est dangereux. Vient un jour où cela ne marche plus à cause de l’abus. Cet abus peut faire surgir le doute puis bientôt le rejet. C’est cela qui est dangereux. Tant que le doute est méthodique ou opératoire, il n’y a pas de soucis. Mais vient donc un moment où à force d’être abusé, le doute devient systématique : c’est le danger. Les agences de communication devraient faire attention, comme leurs commanditaires d’ailleurs (marchands ou politiques), et être plus prudents, circonspects.

 

La sagesse grecque nous le dit : Rien n’est beau que le sens de la mesure (sophrosunè).

 

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Crédit photos :

http://www.dna.fr/fr/images/18667bdf-01e8-4fcd-a730-a05bc447982c/DNA_02/Sakineh-Mohammadi-Ashtiani-43-ans-a-ete-condamnee-a-mort-pour-adultere.-(Photo-AFP).jpg

http://www.elwatan.com/images/2010/12/11/photo-1292050817206-1-0_237455_465x348.jpg

http://s.tf1.fr/mmdia/i/78/4/sakineh-10363784qjpyo_1713.jpg?v=1

http://www.tdg.ch/sakineh-liberee-2010-12-10