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En février 2002, le président de la République Jacques Chirac et le Premier ministre Lionel Jospin confiaient à Bernard-Henri Lévy « la mission de se rendre en Afghanistan et d’y étudier les modalités d’une contribution française à la reconstruction de ce pays meurtri (1) ».

BHL se rend alors en Afghanistan, accompagné de son ombre Gilles Hertzog et avec l’aide totale du Quai d’Orsay (2), compte-tenu de la mission qui lui est confiée par la Présidence (on imagine mal, en effet, Hubert Védrine, alors Ministre des Affaires Etrangères, prendre au sérieux une seule seconde le « missionné »).

BHL  collecte alors les informations dont il a besoin pour son « rapport » et se rend également dans le Panshir, à Bazarak, où il y fait apposer une stèle à la mémoire du commandant Ahmad Shah Massoud, assassiné six mois plus tôt, le 9 septembre 2001. Jusque là, rien à dire.

Néanmoins, sur la stèle, est gravé ceci : « Au commandant Massoud, au combattant de la liberté, au résistant, à  l’ami de la France, l’hommage de ses amis de vingt ans ».

Avec cette stèle, la borne est dépassée, si l’on peut dire. En effet, petite ombre au tableau : BHL n’a rencontré Massoud en tout en pour tout que deux heures au maximum et cela en 1998. Comme « amis de vingt ans », on fait mieux…

Petit retour en arrière... En 1998, sortait le film-documentaire « Massoud l’Afghan ». BHL l’ayant vu, contactait alors Christophe de Ponfilly et lui demandait de le mettre en contact avec le Lion du Panshir ; l’intermédiaire sera le sympathique Merabuddine, l’interprète français de Massoud et que l’on voit dans la plupart des films de Ponfilly sur l’Afghanistan.

BHL rencontre alors les Tadjiks du Commandant Massoud pendant deux jours. Le contact personnel avec Massoud quant à lui, dure juste le temps d’une interview. C’est LA rencontre entre BHL et Massoud.

Que s’est-il passé véritablement en 1981 ?  Bernard-Henri Lévy l’avoue lui-même. Sa fiche Wikipédia en témoigne (3) : BHL « part au Pakistan avec Marek Halter et Renzo Rossellini afin de remettre aux résistants afghans trois postes émetteurs radio, achetés par le Comité des Droits de l'Homme et utilisés par Radio Kaboul, qui appelle à la résistance armée contre l'occupation soviétique ». A aucun moment donc il ne rencontre Massoud, ne demeurant que sur le territoire pakistanais, ne posant bien sûr pas un seul pied dans le Panshir, longeant « pour le frisson » la frontière avec l’Afghanistan, du côté de Peshawar. Mais la chose est bien montée médiatiquement ; des photos sont prises « sur le terrain » par Alain Guillau ; l’aventurier germanopratin BHL est, bien entendu, affublé de nippes couleurs locales (Pakol en tête, etc.). Il faut ramener des souvenirs, des preuves (sic) !

Cloporte a Pakol Cloporte germanopratin longeant la frontière afghane, au péril de sa vie, sous le soleil brulant et dans la poussière pénétrante (observez le Pakol typique)

(Source modifiée : http://histoiresnaturelles.net/animaux/nuit_de_novembre/photos.htm#9)

L’imposture fait homme

Comment oser se regarder dans un miroir, comment oser ouvrir la bouche sans baisser les yeux, après avoir fait graver dans la pierre ces mots « l’hommage de ses amis de vingt ans. ».

Mais la stèle et ce qui y est gravé ne suffit pas ! Il faut à BHL souligner encore davantage, en rajouter ; c’est dans sa nature. Dans son rapport au Président de la République de 2002, ne dit-il pas en effet page 16 : « Je me souviens du Commandant Massoud lors de notre première rencontre, il y a vingt ans ». Et à la page 50 : « (…) Je lui parle du Panchir. Je lui raconte ma première rencontre avec Massoud, il y a vingt ans, lorsque j’étais venu lui apporter les premiers émetteurs de Radio Kaboul libre. »

Mais cela ne suffisant manifestement pas, BHL, en remet une couche dans son discours prononcé à Kaboul et mis en annexe dans son rapport page 189 : « (…) lorsque, en 1981, je vins, pour la première fois, au Panchir, livrer les émetteurs de Radio Kaboul libre au jeune Commandant Massoud ». (4)

Voilà donc juste un seul mensonge, un seul point qui devrait le discréditer totalement aux yeux de tous. Mais non ! BHL ose tout (5). Agir de la sorte, avec tant d’impudence (car ce n’est plus du culot à ce point là), c’est ne pas avoir d’amour-propre, c’est l’infamie au premier degré. Mais pas pour BHL, non ! Infatigable devant les médias, se prenant pour une « conscience du siècle », il joue sans vergogne ce rôle qui est aux antipodes de la réalité et de ce qu’il est. Misère humaine...

Néanmoins, et il faut le dire, BHL est en phase avec notre temps, le temps du faux (6), de l’imposture, du médiatique. S’il avait un peu d’honneur, BHL disparaitrait tout simplement. Mais, voyez-vous, et je prends le pari, ici-même, nous allons le voir toujours et encore…

 

Notes :

(1) Cf. le rapport édité en 2002 par la Documentation Française et les éditions Grasset

< http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/024000157/index.shtml>. 

(2) « Mon Cabinet prend toutes les mesures utiles pour faciliter le bon déroulement de la tâche qui vous est confiée. Les services du ministère des Affaires étrangères à Paris, et notamment la Direction générale de la coopération internationale et du développement, se tiennent à votre entière disposition avant votre départ. Sur place, nos ambassades à Kaboul et à Islamabad vous apporteront. » extrait de la lettre d’Hubert Védrine, MAE de l’époque, à BHL.

(3) Cette fiche Wikipédia est vraisemblablement lue et relue, corrigée, affinée par les soins de BHL lui-même et certainement avec l’aide de ses amis avocats, cela pouvant être utile…

(4) BHL ne sait plus ce qu’il dit, ce qu’il a réellement fait ou non. Vraisemblablement, il doit prendre ses fantasmes pour des réalités. C’est un « schizophrène pur ».

(5) « Les cons ça osent tout, c’est même à çà qu’on les reconnaît ». Michel Audiard dans « Les tontons flingueurs ». Et puis ajoutons - pour le plaisir - , toujours du grand Audiard, cette phrase tirée cette fois du film « Mort d’un pourri » et convenant parfaitement au personnage que nous évoquons : « Personne ne dira ce que vous êtes vraiment Moreau, parce que cela sonne mal dans un prétoire. La vérité, c’est que vous êtes un con Moreau. Oh rassurez-vous, y en a eu d’historiques ! ».

(6) « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ». Guy Debord, « La Société du spectacle » (1967).