Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le 4 mars 2009, la française Florence Cassez obtenait en appel une réduction de sa peine de 96 à 60 ans d'emprisonnement au Mexique. Elle est condamnée par la justice mexicaine pour « enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d'armes à feu ». 

Cassez, c’est assez ! 

Que lui reproche-t-on exactement ? Elle est la compagne d’Israël Vallarta - kidnappeur en chef de la bande du « Zodiaque » (« Los Zodiacos ») -, qui a reconnu plusieurs enlèvements. De plus, David Orozco, l'un des membres du gang, l'a désignée comme une responsable des enlèvements : « Florence Cassez avait pour tâche de toucher les rançons et de préparer les enlèvements ». Un témoignage qui aurait été délivré sous la torture, disent certains. Un argument dont font souvent (voire systématiquement) usage les criminels au Mexique : mes aveux ne sont pas recevables, j’ai été torturé. 

Israel et David

Israël et David 

Mais Florence Cassez a été aussi identifiée formellement par des victimes du gang. La mère d’un enfant enlevé atteste que Cassez aurait même extrait du sang de son enfant pour l'envoyer au père en signe de menace si la rançon n’était pas payée ; la mère elle-même aurait été menacée de mort. De plus l’accent français de Florence Cassez a été parfaitement identifié malgré les cagoules que portaient les ravisseurs. 

"C'est une honte, une attaque, un affront contre la France", a déclaré à Reuters Bernard Cassez, le père de la condamnée. C’est une réaction naturelle d’un père face à un drame que subit son enfant. Néanmoins, cette condamnation n’est en rien « une honte, une attaque, un affront contre la France ». C’est une affaire d’enlèvements, de séquestrations et de violences qui se termine par l’emprisonnement des coupables. Dura Lex sed Lex, la loi est dure mais c’est la Loi. 

Affaire judiciaire puis affaire politique et affaire d’Etat 

De la condamnation pour droit commun d’une française égarée (dans tous les sens du terme), nous sommes passé à une affaire politique car l’enjeu est crucial pour le Président Sarkozy. Pour parler crument, Sarkozy veut « se faire Cassez » et la ramener en France pour… remonter dans les sondages (1). Mais la chose ne s’arrête pas là, car le mexicain de rebiffe et nous entrons à présent dans une affaire d’Etat. C’est maintenant un bras de fer qui est engagé entre le Centaure et le Putois (Cf. la caricature parue dans la presse nationale mexicaine). Par ailleurs, l’on apprend que l’Année du Mexique en France se fera maintenant… sans le Mexique ! Pour une manifestation culturelle œuvrant pour le rapprochement entre les deux pays, il y a mieux tout de même. Il n’y a pas de quoi Cassez trois pattes à un canard. Mais si, Sarkozy a réussi. Quel homme ! 

Caricature Sarkozy

Sarkozy caricaturé dans "La Jornada" en date du 9 Mars 2009 

De Camerone à Calderon 

Nous connaissons un peu le Mexique en France. Au XIXème siècle, nous avons envoyé nos soldats se battre pour que règne l’archiduc Maximilien et que se développe nos intérêts nationaux dans ce pays. Ces combats  ultramarins, et précisément l’un d’eux, ont laissé des traces, en lettres d’or, sur nos drapeaux : CAMERONE. C’était le 30 avril 1863, une poignée d’hommes (Ils étaient soixante-deux…) sous le commandement du Capitaine d’Anjou, faisait face à deux mille cavaliers mexicains. Ils se sont battus vaillamment, jusqu’au bout, dans les murs d’une Hacienda, et « le soleil baissait les yeux lorsqu’ils furent exterminés… » (2).  

Camerone Memorial

Plaque commémorative de la Légion 

Avec cette affaire Cassez, Sarkozy va-t-il décider d’envoyer notre armée (3) sous le ciel de feu du Mexique pour délivrer Florence ? Une poignée de soldats lâchés dans la Pampa pour ravir la ravisseuse ? Un nouveau Camerone en vue ? Ou alors, le Président se rendra-t-il lui-même au Mexique, seul, pour se battre en duel avec Calderon et tenter de sauver l’honneur (perdu) de Cassez ? Si seulement…. 

Le transfert… ment 

Les autorités mexicaines ne sont pas opposées au principe du transfert, néanmoins elles exigent que la condamnée purge toute sa peine et ne profite pas de ce rapatriement pour échapper à sentence de la justice mexicaine et effectuer moins que les 60 ans requis. « Tant que ces garanties n'existent pas, nous n'accorderons évidemment pas cette autorisation (de transfèrement en France) », précise le Président mexicain Félipe Calderon (in El Universal, 12 de marzo de 2009). 

Pour finir, laissons la parole à un ancien ministre de la justice française. Cette personne, qui n’est pas de mon panthéon - loin s’en faut - a tenu des propos en disent long sur l’affaire : «Plaçons-nous du côté cette fois-ci du Mexique et des autorités mexicaines. Voilà une jeune femme qui a été accusée, jugée, condamnée. A tort ou à raison, ce n'est pas à nous de le dire» (in Le Figaro du 15 février 2011). 

Cassez - La Belle et la Bete

Florence Cassez : La Belle et... La Bête

Icône Cassez 

Néanmoins, il est des journalistes, des commentateurs, des hommes politiques, des « pipôles » de tous poils qui ne jurent que par la libération et le retour de Florence Cassez. Ont-ils seulement envisagé une seconde que cette jeune femme pouvait être coupable ? Ou alors ont-ils un préjugé négatif sur le Mexique, quelques relents racistes cachés peut-être envers la république des Etats-Unis mexicains, des a priori sur son système judiciaire ? Quels sont les motifs derrière ce soutien inconditionnel ? Cassez devrait-elle être libérée uniquement parce qu’elle est française ? Cela ne tient pas. Il y a de nombreux Français de par le monde qui croupissent derrière des barreaux, ou dans des cellules d’isolement, sans que leurs noms soient connus du public. Emprisonnés à tort ou à raison, ils n’ont pas ce traitement de faveur médiatico-élyséen. Pourquoi ? La classe dirigeante (4) aurait-elle besoin de Saints laïcs ? Autant d’icônes pour sauver ladite caste de ses pêchés ? Si tel était le cas, il faudrait alors des milliers de Cassez...

Mais laissons le dernier mot au Mètre de l'Elysée : « J'vais vous dire une chose : vous êtes contre le retour de Florence ? Alors, Cassez-vous, pov’ cons ! » 

 

Notes :

 

(1) Je crains fort qu’il ne faille quelques dizaines d’Affaires Cassez pour que Sarkozy émerge des profondeurs ou les Français l’ont tapi dans les sondages…

(2) Jean-Pax Mefret.

(3) Du moins ce qu’il en reste aujourd’hui !

(4) Cf. Gaetano Mosca.

 

Crédit photos : 

Cassez La Bête :

http://jssnews.com/wp-content/uploads/2009/12/Florence-Cassez.jpg

Cassez La Belle : http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2009/03/05/200903051619_zoom.jpg

Caricature sarkozy en putois in " La Jornada " en date du 9 Mars 2009 :

http://www.jornada.unam.mx/2009/03/09/index.php?section=cartones&id=1

David Orozco : http://cache.daylife.com/imageserve/04zda1e5Zl8dg/340x.jpg

Israel Valllatta :

http://www.courrierdelouest.fr/photos/2011/02/10/afp_courrierdelouest_6068b2b62b8e628868f9f1e4478d3f75_apx_850_w_courrierouest_.jpg

 

Post scriptum : Voilà que Cassez se trouve à présent en liberté. Elle n'est pas innocentée mais son jugement a été "cassé" pour des raisons procédurales ; il faut ajouter à ela une intervention politique sarkozienne puis hollandaise (la belle béchamel...). Cela fait penser au cas de "Ce canaille de D..." qui lui aussi, il y a longtemps, ne fut pas innocenté mais remis en liberté après que son jugement fut cassé.

Il semblerait que les deux protagonistes, par delà le temps et leurs aventures judiciaires, relèvent de la même communauté ; mais y a-t-il un rapport de cause à effet, je vous le demande, avec à leur élargissement respectif ? Qui oserait le penser ?