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A décrypter les affaires du monde, et ce depuis les années 90 (la fin de l’Union Soviétique et la guerre en ex-Yougoslavie), à relier les événements qui se passent ici et là, il semble que le monde soit la proie d’une conjuration en vue d’une transformation radicale, avec une notable accélération ces dernières années avec les « révolutions colorées » dans les pays bordant la Russie et aussi avec, plus proche de nous dans le temps, les dites « révolutions arabes » par exemple ; et sans oublier cette curieuse (1) et récente histoire de film islamophobe (2) qui irrite les musulmans de par le monde. Une conjuration démonique, tant les modalités de cette transformation sont souvent brutales, sanglantes parfois et qu’elle ne vise pas le bien de tous mais le profit de certains seulement et le malheur du plus grand nombre. 

 

Il n’y a pas ici l’évocation d’une « théorie du complot » (tant aujourd’hui, bien sûr, il n’y a plus de complot, seulement des « théories du complot ») mais celle d’une conjuration, c'est-à-dire le concours de plusieurs personnes ou de plusieurs choses à une action commune.

Conjuration de CatilinaLa Conjuration de Catilina, avant août 1663, Salvator Rosa (1615-1673).

Huile sur toile, Florence, Museo di Casa Martelli.

Le but de cette action commune est la transformation brutale du monde en un « village global » où règnera principiellement l’idéologie du marché. Ce village aura, certes, des déclinaisons civilisationnelles, mais son substrat sera le même sur toute la surface de la terre, le libéralisme économique régit par un gouvernement mondial, totalitaire. Et pour parvenir plus rapidement à ce « nouveau monde », un conflit généralisé de circonstance n’est pas à exclure, tant une guerre (une « bonne guerre ») sert aussi à remettre les compteurs de l’économie à zéro, c’est bien connu.

 

Deux grands courants participent à cette conjuration : d’une part, les libéraux avancés « occidentaux » et leurs affidés, et d’autre part, les islamistes modernistes salafistes (sunnites). Un élément relie ces deux « mondes » antithétiques en apparence : le puritanisme  (de type anglo-saxon et moderniste salafiste).

Tradition contre Salafist ideology & Market ideology 

Si en 1997, dans son ouvrage « Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l’Europe », Alexandre Del Valle abordait apparemment le sujet, il ne faisait aucunement état toutefois du cadre général dans lequel se déroule et se construit cette alliance (Modernité/Tradition), ni précisait les traits communs des protagonistes (puritanisme et l’idéologie du marché). Par ailleurs, l’auteur faisait remonter cette « alliance » à février 1945, date de l’accord passé entre les Etats-Unis et les Séoud pour l’exploitation du pétrole et du gaz présents dans la péninsule arabe (le fameux Pacte de Quincy, du nom du bâtiment de la Navy sur lequel il a été signé).

 

Mais qui sont ces salafistes modernistes ? Dans les médias, ils sont appelés « islamistes modérés ». Une façon de faire passer la chose plus aisément auprès des populations européennes occidentales encore un peu rétives à la question de l’Islam. En islamologie, le terme « moderniste » recouvre un sens bien particulier. Loin de caractériser un Islam débarrassé des scories du passé, le modernisme en islam est bien spécifique ; il signifie un retour à la pureté originelle de l’Islam, à ses principes premiers, c'est-à-dire s’appuyant sur le  seul Coran et aux dits du Prophète (précisément les hadiths d’Al Bukhari). Néanmoins, cet islam est bien ancré dans la modernité, ne rejetant rien de ce qui passe par le tamis de sa vision du monde. Par ailleurs, si l’Islam est une orthopraxie, l’Islam moderniste est de surcroit une orthodoxie ; il lutte sévèrement et systématiquement contre toute forme de mysticisme, contre le principe même d’innovation (bid'ah) et contre les superstitions (khurafat).

Ces « modernistes » s’opposent aux « traditionnalistes », lesquels prennent en compte les traditions, les pratiques ancestrales, les coutumes locales, pratiquent souvent le culte des saints, bref, s’enracinant dans un terroir et dans une histoire particulière plus que dans un texte. C’est pourquoi les oppose-t-on généralement aux scripturalistes, qui sont en fait un autre nom pour désigner les modernistes en question.

akplogo

L'AKP, c'est la Shari'ah, plus l'électricité, ... plus l'idéologie du marché.

   

Le pays emblématique aujourd’hui pour les musulmans modernistes est la Turquie et le modèle de l’organisation politique est l’AKP. Dans tout le monde musulman, du Maroc à l’Indonésie, l’AKP reste le modèle à suivre auprès des salafistes modernistes. Non seulement l’AKP est arrivé au pouvoir par les élections (légitimité "démocratique"), mais il est bien vu des « capitales occidentales », ne s’opposant pas du tout au nouvel ordre mondial économique. Il opère une réislamisation profonde de la société tout en étant bien ancré dans la logique de l’idéologie du marché, se retrouvant fort à l’aise dans la société de consommation et ses techniques de vente et de diffusion. Il est fort à parier que la plupart des gouvernements qui seront issus des « printemps arabes » auront cette coloration politique salafiste moderniste.

 

Tradition vs modernité

 

Dans leurs sphères respectives, ces deux courants opèrent une lutte acharnée et totale contre leur ennemi commun : la tradition, le traditionalisme. Ainsi pourrait-on résumer cette guerre - car c’est une guerre - entre les forces modernistes (salafistes modernistes et occidentaux partisans du libéralisme et de l’idéologie du marché) et le camp des traditionalistes (nationalistes, identitaires et hostiles au libéralisme et à l’idéologie du marché).

Rappelons que la tradition est un obstacle au marché. Par le passé, les gauchistes de la fin des années 60 furent les idiots utiles de l’idéologie du marché ; ils participèrent à la néantisation de ces traditions, facilitant l’influence du commerce de masse. Seuls les « baba-cools » représentèrent un courant différents, trouvant eux un intérêt dans le retour à la terre, à la tradition. Ils percevaient que cette société traditionnelle qui subsistait encore était menacée dans son existence même ; ils furent vite oubliés et néantisés, tant ils représentaient un obstacle au processus en cours. Par ailleurs, il est instructif de constater que la plupart des anciens dirigeants gauchistes ou « révolutionnaires » issus de la période de 1968, se retrouvent aujourd’hui les plus farouches partisans du mondialisme, de l’idéologie du marché. On trouve certains d’entre eux parmi les altermondialistes, lesquels ne sont pas anti-mondialistes, soulignons-le. D’autres se trouvent tout simplement aux commandes des organismes clefs européens diffusant et mettant en œuvre l’idéologie mondialiste ; le parangon étant, bien sûr, José Manuel Barroso.

barroso José Manuel Barroso : "Du gauchisme de ma jeunesse à l'idéologie mondialiste que je prône aujourd'hui, il y a peu..."

 

Reste cependant quelques inconnues : le monde orthodoxe russe. Va-t-il basculer et rejoindre les conjurés ? Quant au monde confucéen et au monde hindouiste, ils rejoindraient vraisemblablement le camp « occidental ». Pour ce qui est du monde chiite traditionnel (incarné par l’Iran, mais sans oublier l’Irak), il semble pour l’instant rétif au modernisme ; mais jusqu’à quand ?

 

*   *   *

 

Notre monde est à la fin d’un cycle et, pour passer au suivant (en gestation depuis quelques décennies), une déstabilisation manifeste est lancée par certains depuis quelques années afin d’accélérer son avènement. On ne peut expliquer autrement les axes choisis par les dirigeants des « pays phares » (Cf. Huntington) tant dans les relations internationales que dans la conduite de l’économie mondiale. Y a-t-il des possibilités de réaction face aux forces à l’œuvre ? N’oublions pas que celui qui ne conduit pas, celui-là même qui suit, porte en lui de la résistance. Alors, rien n’est encore perdu. Nous l’espérons.

 

Rappelons nous le mot d’ordre du Général de Lattre : « Ne pas subir » et faisons-le nôtre.

 

Galon de Maréchal

Notes :

(1) Curieuse car elle survient au bon moment et permet au gouvernement des Etats-Unis d'agir en écho et non en initiateur d'une manoeuvre stratégique. N'oublions pas que nous sommes en période électorale en Amérique et que toute action militaire et stratégique est délicate et qu'il ne faut apparaître en aucun cas en belliqueux mais bien plutôt se faire valoir en défenseur des intérêts des Etats-Unis. Curieusement cet événement reprend le schème de la discorde en Israël ; en effet, il a été noté que souvent, lors de période de négociation entre les autorités palestiniennes et le gouvernement israélien, des "événements" survenaient et rompaient le processus de paix, comme l'installation de nouvelles colonies ou bien encore un "incident" plus sanglant mettant en scène les soldats de Tsahal et des palestiniens. Bref, ces "incidents" sont toujours opportuns, arrivant au bon moment pour la mise en oeuvre d'une politique choisie de longue date...

 

(2) Un film que personne n'a vu en entier car seules 13 minutes et 51 secondes sont sur internet. De cet extrait, l'on peut juger en premier lieu de la médiocre qualité de la réalisation ainsi que du piètre jeu des acteurs. Un mauvais film donc qui dénigre de manière grotesque et stupide une religion et qui participe à alimenter le choc des civilisations, vision du monde (exclusive et binaire) partagée tant par les islamistes salafistes que les mondialistes "occidentaux".

 

Iconographie :

Barroso : http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/01482/barroso_1482590c.jpg

Enfants papous : http://afrochild.files.wordpress.com/2010/12/etonnante-tradition-24409161547.jpg

"Jeunes" de banlieue : http://www.librearbitre.com/_IMAGES/DLEKIC/repor_emeute_fr/default.jpg