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Des rumeurs tenaces persistent sur la présence de personnels de la DGSE en Syrie (1). D’aucuns disent même qu’un certain nombre d’entre eux (dont un Colonel et une unité de transmission) auraient été arrêtés par les forces syriennes à Zabadani, au Nord-Ouest de Damas, à moins de dix kilomètres de la frontière libanaise. Ces prisonniers seraient l’objet d’âpres négociations/tractations entre Damas et Paris ; la Russie jouant apparemment un rôle d’intermédiaire dans l’affaire.

 

Silences complices

 

Bien sûr, dans les médias Français, pas un mot de tout cela ; black-out total, sûrement au motif de la « raison d’Etat » et du sacro-saint « Secret défense » ; et puis nous sommes en période électorale, ne l’oublions pas... Ceci expliquant peut-être cela. Il ne faut surtout pas ébranler le système et favoriser d’éventuels votes vers les « extrêmes » !

 

Cependant, on a connu par le passé les médias français un peu moins obéissants et dociles alors même que cette injonction du « secret » était exigée, en ce temps-là à juste raison. Mais dans le cas syrien, compte-tenu du fait que le parti-pris médiatique est flagrant en faveur de la rébellion (2) - à l’instar de l’Etat français - les journalistes sont tous alignés, au garde-à-vous, doigt sur la couture du pantalon. Silence radio. On ne parle pas (3) de certaines « choses ».

DGSE USA-ISR-QTR

Prépositionnés depuis le mois de novembre 2011 en Turquie (4) avec leurs homologues britanniques, les forces spéciales françaises (COS) seraient finalement entrées en territoire syrien. Initialement, ces unités avaient pour tâche de former les déserteurs de l’armée syrienne (ASL). Initialement. Car il y a les motifs avoués et les motifs cachés. Quoi qu’il en soit, l’action menée là-bas (fourniture d’armes, aide en télécommunication et formation-encadrement des insurgés) ne peut être conduite que sous l’ordre express des plus hautes instances, à savoir avec l’aval et vraisemblablement sur ordre direct du Président de la République lui-même.

 

Mais quels intérêts sert-on de la sorte en Syrie ? Il semble que la France joue simplement le jeu américain, poursuivant docilement son rôle de supplétif de Washington, comme en Serbie, comme en Irak, comme en Afghanistan, etc. Le but étant un remodelage des cartes et de la nature des régimes dans les régions « traitées ».


Notez le relatif silence des Etats-Unis par rapport à la France sur cette affaire syrienne ; nous y retrouvons les mêmes ingrédients que dans l’affaire libyenne, le même agencement, le même ordre de bataille, bref le même modus operandi.

 

On recherche en vain l’intérêt national

 

Ah que je n’aimerai pas être soldat dans l’armée française avec une telle politique étrangère, totalement, complètement étrangère aux intérêts français. Pauvres soldats patriotes, en proie à un dilemme : risquer sueur et sang pour tout autre chose que les trois couleurs. Un cas de conscience. Certes, c’est un honneur pour un soldat de servir, de mourir même si cela était ; telle est sa mission. Mais cette mission va-t-elle aujourd’hui dans le sens des intérêts nationaux ? Il y a plus que des doutes là-dessus. Ne défend-on nous pas de la sorte, en Syrie, davantage les intérêts qatari, américains et israéliens ?

Quai d'Orsay

Mais quel est l’intérêt proprement national dans cette affaire syrienne ? En quoi le régime de Bachar al-Assad nuit-il aux intérêts français ? Pourquoi tenter de le renverser ? Est-il le seul autocrate ou dictateur du monde ? Est-ce le seul endroit du globe où une rébellion armée est contrée par les forces de l’Ordre ? Ce qui se passe en Syrie, regarde les syriens.

 

La diplomatique traditionnelle semble pour l'heure complètement outrepassée, si l’on se réfère à l’action menée par la France. Le régime qui remplacerait celui de Bachar al-Assad servira-t-il davantage les intérêts nationaux français ? Et que penser du sort des minorités (chrétiennes notamment) une fois un régime sunnite salafiste en place à Damas ? Enfin, plus globalement, que trouver de positif dans cette construction d’un arc sunnite radical tout le long du flanc sud de la méditerranée ?

 

Un candidat à l'élection présidentielle peut-il nous répondre à ces questions ?


 

Post-scriptum du 06 mars 2012 : Il apparait, selon des sources "sûres", que la capture de personnels de la DGSE ou des armées en Syrie est non avérée. Dont acte. Néanmoins, il est avéré, cette fois, que des forces françaises ont été envoyées pour aider l'ASL à partir de la Turquie. Et la nuit, les frontières n'étant pas lumineuses, ces Forces Spéciales peuvent parfois "avoir des problèmes de boussole" et traverser ces limites territoriales, se retrouvant ainsi sur le territoire syrien. C'est d'un classique... Quoi qu'il en soit, ce qu'il s'agit de contester avant toute chose, c'est la participation même à cette action de rébellion et la présence française dans cette partie du Proche-Orient dans des buts tout autres que d'observation simple et anodine mais plutôt de RFA. Bref, nous n'avons rien à faire là-bas.

 

Notes :

(1) Informations en provenance de Russie (le Komsomolskaya Pravda du 14 février 2012) et d'Iran (la radio francophone iranienne, IRIB).

(2) « 90% des ONG qui fournissent des informations sur la situation en Syrie sont tenues par les islamistes », nous dit Alain Chouet (ancien chef du Service de renseignement et de sécurité à la DGSE), dans une interview. Cf.  Syria: in for a civil and religious war? http://21stcenturymanifesto.wordpress.com/2011/12/02/syria-in-for-a-civil-and-religious-war/

(3) Seul Le Canard enchaîné a osé évoquer la chose dans sa livraison du 23 novembre dernier.

(4) L’AKP, le parti des dits « islamistes modérés » d’Ankara, soutient activement depuis le début de la rébellion, l’action des Frères Musulmans syriens en action contre Bachar al-Assad.