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La décision du Premier Ministre Grec George Papandreou d’organiser un referendum dans son pays - au sujet de l’accord obtenu à Bruxelles sur la situation financière de son pays (1) - a suscité l’ire non seulement de nombreux politiques français mais aussi des commentateurs stipendiés du système. Grâce à cette péripétie, apparaît enfin, avec plus de netteté, le clivage existant entre les partisans de la souveraineté populaire nationale et les tenants du système mondialiste libéral.

Blake & Mortimer - La Marque jaune

Passons en revue quelques uns de ces commentaires affligeants du 1er novembre : 

« Le chef du gouvernement grec a fait preuve d'une grande et authentique fourberie », déclare le pisse-copie Christian Makarian, dans l’Express. 

Pour le piteux Alexandre Adler (Europe 1), George Papandreou « saborde les plans de l’Europe ». 

La décision de la Grèce d'organiser un référendum sur le plan de sauvetage du pays relève d'un « comportement anormal, qui n'est pas loyal » envers ses partenaires européens, a jugé, sur LCI, la présidente du Medef, Laurence Parisot. 

Christian Estrosi, député-maire UMP de Nice et ancien ministre, n'a pas caché ses craintes de voir une victoire du "non" lors du référendum. « Lorsqu'on sait le mal que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont eu à faire adopter ce plan courageux, je vous le dis très clairement, je déplore cette décision qui me paraît totalement irresponsable ». 

L'accord de Bruxelles pour sauver l'euro et résoudre le problème de la dette grecque, signé la semaine dernière après un sommet européen, est «la seule voie possible», a estimé le président français Nicolas Sarkozy. Le Président reprend ici à son compte - une fois de plus - l’antienne de Margaret Thatcher : TINA, « There Is No Alternative ». Manière toute « démocratique » de couper court à la discussion. TINA, c’est la fin du politique, de la mise en œuvre du possible, de cet art élaboré pourtant depuis des siècles en Europe. C’est la fin du politique, et en fait l’avènement, la manifestation du règne totalitaire de l’économie.

Papandreou De Stuttmann caricature allemande

L’argument TINA fait curieusement penser à la façon dont Lénine percevait la Révolution et son mécanisme : il ne disait pas, nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution ; il disait, toutes les conditions sont réunies, la révolution est inéluctable. Nous voyons qu’ici, le vouloir n’est plus ; par là-même, le politique. Nous sommes entrés dans autre chose : la religion séculière de l’idéologie (totalitaire).

Résumons ce qui est dit à propos de la décision de Papandreou : "fourberie", "saboteur", "anormal", "déloyal", "irresponsable", etc. Beau florilège... 

Voilà un homme politique - lequel n’est pas de ma sensibilité politique, dois-je le souligner - qui décide de s’en remettre au peuple face à une situation grave que traverse son pays ; et, c’est l’avalanche de critiques, d’insultes, de quolibets, d’exclusion, d’anathèmes. Voilà Papandreou promis aux Erynies, voué aux Gémonies, lui le traître à la (bonne) cause européenne (bruxelloise). Certes, l’homme politique Papandreou - lequel veut certainement poursuivre sa carrière politique - cherche une légitimité chez ses compatriotes ; car s’il est bien une chose que ne peut, ni ne pourra, lui donner Bruxelles, c’est bien cette légitimité. Papandreou a trouvé là une base de repli imparable : vox populi. Oui, nous ne sommes pas n’importe où, voyez-vous, mais en Grèce, vieille terre, terre de nos ancêtres, terre d’élection de la pensée européenne. La terre où s’est créé le mot « démocratie ». Comme c’est amusant ce clin d’œil de l’Histoire… 

Le plus fort dans tout cela, c’est que toutes les critiques contre la tenue de ce referendum viennent de ceux qui n’ont que la démocratie à la bouche (2) ; d'ailleurs, ces personnes estiment que ce système est tellement bien, qu’ils veulent l’imposer partout dans le monde, avec des bombes si nécessaire (3).  Quoi qu'il en soit, avant même les bombes, Papandreou doit subir de sérieuses pressions de toutes sortes et de tous les horizons "démocratiques"; il aura fort affaire pour poursuivre dans la voie choisie, celle du peuple.

Toutefois, malgré ce contre-pied sympathique de Papandreou à la "machine", je ne suis pas démocrate pour autant, car - et tout le monde peut constater d’ailleurs - dans ce système pervers contemporain qu’est la démocratie (du moins dans les pays européens), quand les résultats du vote démocratique ne correspondent pas aux souhaits des dirigeants de façade ou de l’« Etat profond » (4), soit l’on fait revoter le peuple jusqu’à ce qu’il vote « dans le bons sens », soit l’on décrie et invalide purement et simplement ces élections pour vice de forme ou autres billevesées. C’est pourquoi mon idéal est autre, voyez-vous…

Tintin et les Picaros - p4

Notes :

(1) Accord qui, on s’en souvient, avait difficilement élaboré un « plan de sauvetage financier de la Grèce ».

(2) Dans tous leurs propos, à chaque instant, en toute occasion, tel un vomi, la "démocratie" dégouline de l’orifice buccal de ces gens-là.

(3) Citons juste la Serbie, l’Irak, la Libye, etc. et bientôt l’Iran.

(4) Une référence au « Deep State » de Peter Dale Scott.

 

Post scriptum du 5 Novembre 2011 : Les pressions exercées sur Papandreou ont conduit ce dernier à faire marche arrière sur la question du referendum. Des pressions "démocratiques", bien sûr ! 

 

Iconographie :

La Marque Jaune, Edgar P. Jacobs, page 29.

Tintin et les Picaros, Hergé, page 4.

Caricature allemande de Papandreou : http://fr.toonpool.com/cartoons/Papandreou_143799#