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(...) La rue est dans la nuit comme une déchirure
Pleine d'or et de sang, de feu et d'épluchures. (...)

Seigneur, rien n'a changé depuis que vous n'êtes plus Roi.
Le mal s'est fait une béquille de votre Croix.(...) 

La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées,
Des sirènes à vapeur rauques comme des huées.
Une foule enfiévrée par les sueurs de l'or
Se bouscule et s'engouffre dans de longs corridors.(...)

 

Blaise Cendrars, Les Pâques à New York (1912).

 

New York est vraiment une ville terrible ! Après l’épisode Déhesseka qui, l’année dernière, on s’en souvient, avait suscité l’émoi dans les chaumières et porté à notre connaissance la dure vie de nos élites mondialisées, voilà qu’une chambre nouillorquaise nous livre une fois encore une certaine vérité, un certain tableau. Mais quelle vérité ? quel tableau ?

 

Quelle est cette ville d'ailleurs ? D'aucuns la présentent comme une "pomme pourrie" (rotten apple), d'autres comme une nouvelle Sodome. Que de qualificatifs.

 

Digression

 

Amateur de cinéma populaire, je ne sais pas pourquoi, mais il me vient à l’esprit quelques répliques d’un film dialogué par Michel Audiard. Il s’agit des Barbouzes, du grand Georges Lautner.  

 

Francis Lagneau (Lino Ventura), agent français de renseignement, dit « Petit Marquis », dit « Chérubin », dit « Talon Rouge », dit « Falbala », dit « Belles Manières », également connu, dans certains milieux, sous le sobriquet de « Requiem », dit « Bazooka », dit « La Praline », dit « Belle Châtaigne », est appelé par son directeur (Noël Roquevert) dans le bureau de celui-ci.

 

Le Commandant Lanoix :

« Son Excellence Benar Shah, grand ami de la France, est mort il y a une heure dans les bras de son admirable épouse, dans l’ancien château des Hohenzollern, près de Munich ».

 

Francis Lagneau :

« Bon, maintenant que vous m’avez donnez la version pour France-Dimanche et le presse du cœur, vous pouvez peut-être me donner la vraie, non ? »

 

Le Commandant Lanoix :

« Ah, mais la voici ! assez contrariante… Madame Pauline n'est pas la femme de Benar Shah et son bouic de la rue de Chazelles n'a rien à voir avec le château fort du défunt… A mon plus vif regret, il faut que je vous mette un peu dans l’coup. »

 

Francis Lagneau :

« Oh ! Vous êtes trop bon... »

 

Curiosités

 

Ainsi Descoings n’est plus. Par à l’agence Reuters (1), nous apprenons que « les circonstances de sa mort sont suspectes ». Ayant trouvé son corps nu, étendu sur le lit de sa chambre 723 de l’hôtel Michelangelo de Manhattan, les enquêteurs tout en n’ayant pas relevé de traces d’effraction, ont néanmoins remarqué des reliefs d’agapes récentes (whisky, anti-dépresseurs, désordre, et … peut-être plus).

 

Entre autres choses curieuses, en plus du fait probant que « plus d’une personne étaient dans la chambre » (deux hommes selon les témoignages), quelques unes de ses affaires (ordinateur et téléphone) ont été jetées par la fenêtre du septième étage et ont atterri au quatrième, sur un palier.

 

Que s'est-il passé ? Nous le saurons peut-être un jour, qui sait ? Des mauvaises langues (Ah, ces pipelettes !) évoquent - on ne sait pas pourquoi - l'affaire du fameux banquier Edouard Stern, mort (non à Venise) mais en Suisse, en 2005, dans des circonstances que la décence m'empêche ici de relater...

 

Le secret de l'Espadon (1) p.01 - Message

 

Des éloges pour le grand homme

 

Immédiatement après l'annonce du décès de Descoings, ce fut un torrent d’éloges dans les médias, tous saluant - à droite comme à gauche, comme au centre - ce « grand serviteur de l’Etat », cet « homme exceptionnel », ce « visionnaire » directeur de l’école de la rue Saint Guillaume, « l’une des figures les plus importantes et les plus reconnues du monde éducatif (sic) et universitaire ». C’était un peu une idole, quelqu’un de mythique, raconte un étudiant en 1ère année (2).


Sarkozy est bouleversé, les sciences-potards pleurent, la France gémit.


Et défilent les commentaires laudateurs, les témoignages émus des plus hautes personnalités - incontestables - de notre pays, pour vanter les qualités du défunt. Ainsi Jack Lang, le ministre de la Culture ad cadaver, qui parle de cet "ami incontournable". "Quel homme !" pourrait s'écrier ce cher Jack - l'homme au cou de pintade, comme le dépeint excellemment Alexis Arette - sur celui qui fut son conseiller en 1992 et qui ces derniers temps encore avait les (grandes) zoreilles de Sarkozy - au point d'ailleurs où il fut pressenti comme futur Ministre de l'Education Nationale. Comment  omettre aussi ces autres propos, lesquels relatent le Richie regretté : c'était "un ouvreur de brèche", un "homme de passion" ou encore une "figure emblématique", "une idole accessible"... Mais quelle unanimité ! C'est fantastique. Bref, il ne manquait plus, dans ce florilège d'éloges des instances morales de la République, que le témoigange de DSK himself.

 

A tout le moins, ce Descoings n'était pas un homme, c'était un ... saint !


Santo subito !

 

Il se pourrait d'ailleurs que, dès son retour sur le territoire national, le bel homme soit inhumé sans délai au temple de la République, le Panthéon. « Aux grands hommes, la République reconnaissante » ; Descoings a bien mérité cet honneur, non ?

 

Tous les tabliers de cochon sont là, alignés comme radis, la mine défaite, l’œil triste, en attendant l’éloge funèbre prononcé d’une voix tremblotante (peut-être BHL ? ) : « Entre ici, Frère Richie [surnom de Descoings], avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont tombés dans les chambres d'hôtel de New York sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé (…) ». Et là, sous l'oeil des caméras, BHL se remet une mèche de cheveux en place, le vent ayant perturbé quelque peu la mise en plis de son élégante chevelure argentée, avant de poursuivre son discours poignant.

 

Je vois la scène, les roulements de tambours, la Marseillaise, les tentures noires, le silence éloquent. Du beau spectacle, vraiment. Républicain quoi !

 

Panneaux indicateur

 

Post scriptum : Au fait, qui d’autre parmi nos élites françaises, doit se rendre à Nouilleyorque ces temps prochains ? Il me brûle de le savoir ! Ah, si seulement, ce pouvait être *** ! et aussi ***, et encore *** ! Ah, la la ! si seulement… !

 

 

Notes :   

(1) http://www.reuters.com/article/2012/04/03/us-usa-france-descoings-idUSBRE83215P20120403

(2) Cf. Le Parisien. 

 

Iconographie : Le secret de l'espadon (vol. 1), page 1 "modifiée"