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Plus l’échéance fatidique se rapproche, plus un candidat à l’élection présidentielle se doit de paraître « acteur » de la campagne, d’être présent (directement ou non) dans les médias, ceci pour accroitre sa « visibilité » médiatique, parfaire sa crédibilité, afin d’attirer, de convaincre, le plus d’électeurs possible, surtout auprès des indécis ou des abstentionnistes.

 

Tous les candidats utilisent des spécialistes pour établir et définir ce que l’on nomme un « Plan COM ». Libre au candidat de suivre ou non les propositions de ses « spin doctors ».

Spin Doctor B 

Il y a peu, une candidate s’est rendue sur un des plateaux de télévision pour répondre à son « Plan Com ». Cependant, l’on peut se demander si le jeu en valait la chandelle, si cette présence a renforcé in fine sa candidature, sa crédibilité. Cette candidate est Marine Le Pen, cette émission de télévision est « On n’est pas couché ».

 

Il est à noter que le candidat socialiste, lui, n’a pas voulu se rendre à cette émission, y envoyant à sa place un de ses subordonnés, en l’occurrence son directeur de campagne, jugeant - à juste titre - ce plateau peu à la hauteur de la stature d’un présidentiable.

 

Force est de constater que le candidat « socialiste » a raison. Rien ne sert au candidat d’être présent (lui-même) sur tous les plateaux de télévision, même si cela lui est possible, compte-tenu des règles d’équité exigées par le CSA, du moins pour le temps de la campagne officielle.

 

En effet, est-il nécessaire de se commettre dans n’importe quelle émission de télévision, et ce, malgré des scores d’audience battant tous les records (1) ? Le risque n’est-il pas de perdre sa crédibilité, sa stature, son sérieux, auprès des téléspectateurs ?

Spin Doctor C

Ce genre d’émission d’infotainment, où ceux qui interviennent et qui invitent sont « chez eux », sur leur terrain, ne mérite pas la présence effective d’un candidat à la présidentielle ; les idées de celui-ci pouvant tout aussi bien être défendues par un quidam issu de son état-major de campagne. A vrai dire, ce plateau n’est pas « sérieux » ; il dégrade le politique, le désacralise, si tant est bien sûr que cela soit encore possible (2).

 

Dans ce genre d’émission - comme dans d’autres, de plus en plus nombreuses - les invités ne sont jamais en position de force - surtout quand ils sont abhorrés du système ; ces invités n’ont pas la technique pour échapper aux pièges tendus, préparés par les hôtes cathodiques. Pratiquement, nous avons deux journalistes, commissaires-politiques en strass, procureurs généraux en paillettes, experts-vérificateurs bon teint - mais assurément, en rien, journalistes politiques - menant les « débats », lesquels relèvent plutôt d’un interrogatoire de « prévenu candidat », surtout lorsque celui-ci n’est pas issu du système ou non recommandé par celui-ci - tel est le cas de Marine Le Pen ou de Nicolas Dupont-Aignan.

 

Le nouveau « style » journalistique se met alors à l’œuvre : ce sont des questions de harpies-journalistes qui fusent les unes après les autres, en une sorte de « tir de saturation » ou de « barrage » (aux artilleurs de statuer), sans que le temps de la réflexion ne puissent à aucun moment opérer. Pourtant, lorsque l’on évoque les idées développées par un candidat à l’élection présidentielle, il ne s’agit rien de moins que du sort de la nation qui est en jeu.

 

Par ailleurs, à mon sens, ces questions vont à un niveau de détail qui n’a pas lieu d’être. Le Président n’est pas un expert sur tous les sujets, il n’est pas non plus un directeur de campagne ; son rôle est d’incarner le pays, de donner les grandes orientations de sa politique laquelle, comme on sait, sera mise en œuvre par son premier ministre et son gouvernement. Il doit monter, faire apparaître le plus clairement et naturellement possible qu’il incarne ceux devant lesquels il se présente, du moins la majorité d’entre eux. Ainsi, répondre à ces questions (désordonnées, pléthoriques, obsessionnelles, vindicatives, incongrues, insignifiantes, etc.) sur un tel plateau de télévision n’est pas le rôle d’un candidat à l’élection présidentielle. Y paraître, c’est s’avilir au niveau desdits journaleux.

 

Les journalistes utilisent aujourd’hui, on le sait, une technique récurrente dans l’exercice de leur métier : celle du harcèlement de questions, de propos subjectifs continus, de raisonnements, d’interjections et de digressions sans fin, ne laissant à aucun moment au questionné le temps de dérouler son argumentation, son raisonnement, voire simplement de terminer ses phrases. Ce n’est pas sérieux.

Communicator not registered FN 

Nicolas Dupont-Aignan souffre d’un déficit de notoriété, tel n’est pas le cas de Marine Le Pen ; ainsi, si le premier se devait de passer par cette émission, tel n’était pas le cas de la dernière.

 

D’aucun diront donc que le passage à cette émission fut un « raté » pour la candidate frontiste. Si l’on regarde les chiffres des parts d’audience, ce fut pourtant un succès. Mais au final, quant à la question de la crédibilité (accrue ou amoindrie) de la candidate suite à son passage à cette émission, c’est un tout autre problème. Médiamétrie n’en fournit pas les chiffres ; cela ne se traduira concrètement qu’au moment du vote. La crédibilité est un élément important, surtout à ce moment de la campagne et qui plus est pour un candidat comme Marine Le Pen. Mais les « spin doctors » de la candidate ont jugé qu’elle devait absolument passer chez Ruquier. Qui sait, elle-même tenait peut-être à s’y rendre ?

 

Misère.

 

 

Notes :

(1) 2,3 millions de personnes (28,7 % de part d’audience).

(2) Nous sortons de cinq ans de sarkozysme, ne l’oublions pas ; quinquennat marqué, on le sait, par une haute tenue constante...

 

Post-scriptum :

Deux faits sont venus « compenser » quelque peu l’erreur de la venue de Marine Le Pen à l’émission de Ruquier. Il s’agit  de deux petites interviews télévisées données dimanche dernier, en dupleix, depuis Lille ; la première sur I-Télé, la seconde sur BFM-TV. Au cours de ces deux courtes interventions, Marine Le Pen fut remarquable, en « mouchant » élégamment, mais comme il le fallait, les deux journalistes (respectivement Marc Fauvelle et Ruth Elkrief), ceci tout en gardant un superbe sourire et une bonne humeur. Ce soir là, Marine Le Pen était visiblement hors de portée de ses « Spin doctors »…


On peut voir ces deux interventions à ces adresses :

http://www.youtube.com/watch?v=qbGJDj-RzzY

et

http://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&NR=1&v=6lIYNpyGGeA