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Voilà donc que l’on glose sur les nouvelles révélations de ce site de diffusion d’informations confidentielles, à propos de ces câbles de la diplomatie américaine révélées récemment au public. Cette affaire pose jusqu’à ce jour plus de questions qu’autre chose. Le seul problème c’est que nous ne sommes pas sûrs d’avoir des réponses d’aussi tôt…

 

Wikileaks logoOn notera que les Etats-Unis ne figurent pas sur ce monde...

 

Premièrement, la démarche a de quoi surprendre pour des « pros » de l’internet et de l’information comme cette équipe de Wikileaks. En effet, comme on le sait, ce ne sont pas moins de 250 000 câbles diplomatiques issus du Département d’Etat et de 270 Ambassades et Consulats américains à travers le monde qui sont promis (cependant à ce jour quelques centaines seulement sont en ligne). Comme l’on sait également par ailleurs, trop d’information noie l’information. On peut alors se demander pourquoi mettre en ligne des dizaines et des dizaines de documents sans intérêt véritable pour seulement quelques unes « exploitables ». Est-ce pour faire « vrai » ? « brut » ? De l’information sans restriction aucune : preuve de leur authenticité, de leur réalité ? Est-ce alors un flot surabondant volontaire pour noyer la véritable information, la « pépite » ? On ne comprend pas vraiment la démarche ;  elle est floue (volontairement ou non).

 

Qui ira lire et décrypter toutes les dépêches sur le site ? Personne ; du moins pas le quidam moyen sachant lire l’anglais. Ce dernier en lira une dizaine tout au plus, tel votre serviteur. Seul des Etats ou des officines spécialisées peuvent faire ce travail, ont les moyens et le personnel pour cela. Alors ? Transparence ? On peut douter. Avoir connaissance de 1% ou même 5% de ce qui est livré ne suffit pas à « dévoiler » quoi que ce soit ; et il ne faut pas compter sur les « journalistes » patentés pour nous aider dans cette tâche : sera porté à la connaissance du public, seulement ce qui aura été autorisé par certaines instances.

 

Deuxièmement, il est assez curieux de voir que certains de ces documents ont été envoyés par Wikileaks directement et uniquement à l’adresse de cinq quotidiens sélectionnés (1). Pourquoi cette action ? Mettre en ligne n’était-il pas suffisant ? Pourquoi la nécessité d’utilisation de « relais » ? On peut avoir des doutes sur la stratégie employée. Ces organes de presse ayant  été choisis pour qu’ils effectuent « un travail de sélection, de contextualisation et une analyse journalistique » (2) afin de présenter de manière plus « lisible » les informations au grand public. Par ailleurs, on sait que ces quotidiens « se sont mis d’accord (3) »  pour ne pas traiter tel ou tel sujet « par soucis de fiabilité des sources et de protection de personnes qui pourraient être menacées par ces révélations ». Ce tri peut déjà paraître suspect, tant l’objectivité et la probité de ces journaux sont connues... Enfin, ces mêmes journaux qui jouent les vierges effarouchées devant « l’égout que représente internet » (4), sautent cette fois allègrement à pieds joints pour diffuser les éléments issus d’une opération illégale, se faisant là des complices, des receleurs. Comme l’on a pu le constater, aucun des journaux en question n’a fait l’objet de décision de justice ; aucun d’entre eux n’a été poursuivi pour recel ou divulgation d’information acquise illégalement. Mais ils le font sans encombres, disent-ils, car compte tenus des circonstances, « cela relève de leur mission » (Cf. Sylvie Kauffmann du journal Le Monde). On soulignera le dernier mot.

 

Il est assez bizarre que Julian Assange, présenté comme un « révolutionnaire-anarchiste » (on a eu des « révélations » inopinées sur des écrits anciens dudit Assange, théorisant sa démarche bien avant le lancement de son site Wikileaks) et habile technicien de la communication, ait utilisé justement ces relais-là pour médiatiser ses documents, médiatisation débouchant avec ces journaux inéluctablement au filtrage, à la sélection et au re-formatage.

 

Troisièmement, peut-on vraiment parler de révélation à la lecture de ces documents en question ? Le fait est que l’on apprend rien des ces « multi-scoops ». Alors, beaucoup de bruit pour rien ? Certes, les Etats n’aiment pas que l’on dévoile un peu les coulisses de la diplomatie ; cela se comprend. Mais il n’y a pas de quoi fouetter un chat, n’est-ce pas ? L’on apprend rien d’ailleurs de la stratégie diplomatique américaine (ou si peu) ; la plupart des documents sont des câbles qui partent du bas vers le haut (c’est-à-dire, des représentations diplomatique vers le Département d’Etat) et non l’inverse.

 

Que la Syrie tout comme l’Arabie Saoudite se sente gênée vis-à-vis de l’Iran, que le Liban se déchire, que le régime libyen soit déclaré corrompu, que l’on sache comment l’Institute of Plasma Physics chinois poursuit ses recherches sur l’utilisation de la fusion nucléaire à des fins de production d’énergie, que l’on découvre que les Maldives œuvrent en coulisse pour entrer au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies (tout en acceptant d’ailleurs de prendre à son compte certains détenus de Guantanamo), que l’on apprenne que les prochaines élections russes de 2012 auront pour faiseur de Roi Vladimir Poutine (tout en étant "otage du système qu’il a lui-même construit"), tout cela ne va pas révolutionner la planète… Oui, c’est certain, l’on a pu sourire au portrait de tel ou tel, mais vraiment cela ne porte pas à conséquence ; de toute manière, comme les hommes politiques d’aujourd’hui n’ont ni fierté ni scrupules, aucun de ceux qui ont été cités nommément ne va se suicider après ces « révélations ». Tout au plus vont-ils, pour certain - les plus durement touchés -, se refaire un masque « républicain », un visage « démocratique » ; tout cela rentrera dans l’ordre bien vite. Dormez, braves gens, tout va bien !

 

Quatrièmement, quel est le but recherché par cette équipe dont le porte-parole et créateur est Julien Assange ? D’aucuns diraient que ce qui est recherché dans ce déballage est la déstabilisation dans les relations internationales et que c’est un coup très dur porté à la politique étrangère américaine. Cet emballement médiatique n’a de commun que la fatuité des journalistes ; rien ne changera, pas de déstabilisation d’Etat en vu et pas d’affaiblissement américain en vue non plus à cause de cela. Tout  juste un petit « beuze » comme on dit d’nos jours…

 

Enfin, à qui profite le « crime » ? Une bonne question. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a déclaré qu’il s’agissait d’un « crime contre la communauté internationale » et l’on sait, par expérience, ce que l’utilisation de « communauté internationale » veut dire (5), à savoir la carte biseautée, le dé pipé d’un petit groupe qui, bien loin de représenter le véritable intérêt des nations qui composent notre monde, défend en fait des intérêts particuliers, une idéologie mondialiste et apatride, américano-centrée ; la « communauté internationale », c’est l’argument ultime pour faire « soft power » et rallier à soi quelques pays du monde et autres idiots utiles, avant de passer au... « hard power ». L’utilisation de cet argument (la «communauté internationale») est d’ailleurs un indice sur la réalité de Wikileaks et de ses commanditaires. Désormais, il ne peut y avoir que  suspicion.

 

Patchwork Assange

Facettes de Julian Assange : Homme de paille ou mégalo génial ? révolutionnaire politique high-tech ou marionnette in-consciente ? Robin des Bois ou Pinocchio ?


Une ténébreuse affaire...

 

Pour trouver à qui profite le crime, il faudrait être en mesure de lire TOUTES les dépêches, TOUT les câbles. Seuls les Etats sont en mesure de le faire. Et c’est là que l'on peut déterminer l’orchestration. Certes, nous n’aurons jamais connaissance, nous, public, de ce que ces « révélations » entraîneront réellement dans les rapports entre Etats ; cela se règlera en coulisse. Ce déballage de câbles a vraisemblablement un but caché : envenimer précisément les relations entre tel ou tel Etat (au hasard, ...l'Iran et ses voisins sunnites, dirons nous), et déconsidérer telle ou telle personnalité de pays précis. Malheureusement, nous ne saurons le fin mot de l’histoire car nous ne serons en mesure de lire l’ensemble des documents « révélés ». Nous avons été dupés.

 

Voilà donc que le responsable de l’équipe Wikileaks, Julian Assange, s’est rendu à la Police britannique (6). Va-t-on seulement apprendre quelque chose ? Ce qui, jusque là, avait plaidé en faveur de la réalité des « révélations », c’étaient justement les attaques judiciaires dont était l’objet Assange. Il devenait une victime, accablé par les « grands » ; un « Robin des Bois de l’information », a-t-on pu lire ici où là. L’attaquer par un biais judiciaire connexe plaidait en sa faveur, en la réalité des ces révélations.  D’ailleurs, les intentions affichées de Wikileaks sont louables ; ils font ce travail, disent-ils, « for the revealing of suppressed and censored injustices » (Cf. le bandeau de leur  site). Mais l’on peut aussi se poser la question de savoir si Assange a agit avec préméditation ou s’il a été manipulé. A-t-il réellement volé les documents ou l’a-t-on gentiment conduit à les « voler » ? par ailleurs, est-il conscient de les avoir « réellement » volés ? D’autres questions auxquelles je ne pense pas que l’on ait un jour réponse.

 

L’affaire Wikileaks fait couler (to leak) beaucoup d’encre, c’est sûr. Et l’on peut légitimement, je crois, se poser la question de savoir si, en fait, ce n’est pas tout simplement un « montage » (Cf. Vladimir Volkoff). Ce que l’on peut dire, c’est que tous les éléments sont là (informations « secrètes » détenues par des « puissants », d’une part ; groupe aux intentions « pures » et désintéressées, d’autre part ; dévoilement d’informations  dites confidentielles et/ou secrètes, relais/filtres officiels, infos de tête de gondole à profusion, émoi de circonstance, stupeurs et tremblements, etc.). Bref, comme pour d’autres sujets, cette affaire apparaît de plus en plus comme un bel écran de fumée, un nuage-écran ; le problème, comme de bien entendu, c’est que l’on ne saura jamais le fin mot de l’affaire.

 

La pieuvre s’enfuit, laissant derrière elle un nuage d’encre. Qui a vu la pieuvre ? et...qui n’a pas vu le nuage ?

 

Vae victis. Vale !

 

Wikileaks Godfather

Il y a les coulisses; mais derrière les coulisses,

qui tire les ficelles de Wikileaks ?

 

Post-scriptum : N'importe quel journaliste devrait se poser et poser ces questions. S'il ne le fait pas, il n'est qu'un pisse-copie démédulé, un délayeur réflexe de dépêches d'Agence, un pion acéphale du système, bref, un moins que rien, une éponge illusionnée, un bacille patenté, un "bon citoyen", un zombie urnophile, un gastéropode informatisé. Malheureusement, vous le constaterez, ils sont plus que nombreux...

Assurément, il y a aussi quelques journalistes qui se posent vraisemblablement ces questions mais qui cependant ne les posent pas à leurs lecteurs : ce sont les pires de cette caste ! Ce sont les plus dangereux, les plus nuisibles, les plus pervers, les plus méprisables ; des malfaisants, des ordures, des cloportes...

 

 

Notes :

 

(1) The New York Times, The Guardian, Le Monde, El Pais, Der Speigel. Ces journaux ont été éminemment sélectionnés : ce sont les pires représentants de l’esprit de conformisme et fameux cerbères du système existant !

(2) Cf. Philippe Meyer, « L’esprit public », France Culture, du 5 décembre 2010.

(3) Cf. idem supra.

(4) Par ce nouveau vecteur de communication, beaucoup d’informations  échappent aux médias (semi) officiels et il  permet la diffusion d’informations  muselées - généralement au nom du politiquement correct, de l’idéologie du temps.

(5) L’ex-Yougoslavie (notamment la Serbie) et d’autres parties du monde (l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, etc.) peuvent témoigner de ce que peut être « la communauté internationale », de son action bénéfique, pacificatrice.

(6) Cependant, son arrestation n’a pas pour origine le fait d’avoir rendu public ces câbles diplomatiques ; Assange est accusé de viol.

 

Crédit photos : http://wikileaks.ch/img/wallpapers/wall10.jpg, REUTERS; http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/04/Julian_Assange_26C3.jpg; http://cache.20minutes.fr/img/photos/20mn/2010-12/2010-12-02/article_assange.jpg; http://benoitraphael.owni.fr/files/2010/07/Julian_Assange_2010-front1.jpg; http://blogs.ft.com/material-world/files/2010/12/julian-assange.jpg; http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/archive/6/67/20101204205012!Julian_Assange_%28Norway,_March_2010%29.jpg; http://blogs.ft.com/material-world/files/2010/12/julian-2.jpg.